L’édito politique avec Jean-François Achilli cette semaine… Bonjour Jean-François ! La burqa et ses avatars font la une de l’actualité… Et le moins que l’on puisse dire est que ce débat n’avance pas masqué. Il est même à deux doigts de déraper. Vous prenez un fait divers peu banal: une femme musulmane proteste à Nantes, après avoir été verbalisée, parce qu’elle conduisait revêtue d'un niqab. La belle affaire, elle tombe à pic ! Voilà enfin l’exemple idéal, pour dénoncer les dangers du voile intégral, au moment où le président de la République annonce un projet de loi pour l’interdire sur tout le territoire. Mieux encore: l’histoire dans l’histoire ! Personne n'y échappe depuis vendredi : Brice Hortefeux révèle que le conjoint, qui appartient à une mouvance radicale, est soupçonné de polygamie et d’escroquerie aux allocations familiales. Vous l’avez tous vu à la télévision, plutôt fuyant, flanqué de deux malabars qui repoussent les journalistes. Le client parfait et une famille en or... La machine médiatique s’emballe. Brice Hortefeux demande à Eric Besson d’étudier les conditions dans lesquelles l’individu pourrait être « déchu de la nationalité française ». La polémique change de visage, découvert celui-là. Les jeux sont faits : la droite soutient Brice Hortefeux. La gauche, jamais à l’aise avec ces sujets, dénonce dramatisation et instrumentalisation. Même Tariq Ramadan vient faire un détour par Nantes. Tout y est. Nicolas Sarkozy, désireux de reconquérir ses électeurs repartis au Front National, ne pouvait pas espérer mieux. Mais il faut relire Tom Wolfe et le Bûcher des vanités, quand ce type d’affaire explose à la une des journaux, plus personne ne maitrise plus rien. Il sera « probablement » difficile de prouver la polygamie, reconnaît, prudent, Eric Besson, qui a récupéré la patate chaude. Attention à l’effet boomerang s’inquiète, en coulisse, une partie de la majorité. Il y a certes l’indignation, mais il y a aussi le droit en France. Cet épisode, s’il va trop loin, risque de nuire au sujet initial, l’interdiction de la burqa. Sur le port du voile intégral, Nicolas Sarkozy veut aller vite… C’est le vrai sujet de départ. Le chef de l’Etat serait favorable à une procédure d’urgence, une seule lecture devant les deux chambres, emballez, c’est pesé. Pas question de voir son projet de loi s’enliser dans la polémique et de laisser la gauche organiser une riposte. Mais Bernard Accoyer et Gérard Larcher ne sont pas du tout d’accord avec cette méthode accélérée, contraire à la promesse d’un Parlement plus indépendant. Les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat, qui seront reçus cet après-midi par François Fillon à Matignon, réclament un débat, un vrai, sinon, disent-ils, il n’y aura pas de consensus national sur un texte extrêmement sensible. Ce n’est pas le seul écueil pour le chef de l’Etat. Le texte risque, comme celui de la taxe carbone, d’être retoqué par le Conseil constitutionnel. Il y a également le danger, à terme, avec ce débat de stigmatiser la communauté musulmane dans son ensemble. La majorité n’est-elle pas en train de se tromper de combat ? Un ténor UMP confiait hier soir : « A partir d’un mètre carré de tissu, nous nous ridiculisons, alors que nous avons sur la table le chômage, la dette, les retraites. Que vont de plus penser ceux qui nous regardent dans le monde, notamment dans les pays arabes, nous marchons sur la tête »... Dans le débat sur le voile intégral, Nicolas Sarkozy joue l’opinion contre le droit. Et prend le risque politique de se tromper de priorité aux yeux des Français qui ont bien d'autres soucis.

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