Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi se rencontrent pour tenter de régler la question de l’immigration des Tunisiens vers l’Europe. Et c’est le FN qui pourrait profiter politiquement de cette affaire. Résumons d’abord les termes de la dissension transalpine : l’Italie n’arrive pas à surveiller ses 3 000 kilomètres de côtes et laisse entrer des immigrés en provenance de Tunisie. Une fois sur le sol italien, ils sont en Europe et si Rome les régularise, logiquement ils peuvent librement circuler sur une grande partie du continent (dans l’espace Schengen) où, théoriquement, il n’y a plus de frontières. Les deux gouvernements, italiens et français, s’écharpent sur cette question. S’en suit un débat sur les conditions d’un rétablissement ponctuel des frontières nationales pour refuser le supposé afflux d’immigrés sur notre sol. On arrête des trains à Vintimille et c’est encore un constat d’échec, d’inadaptation des règles européennes à des situations que l’on avait pas prévues. Il y a quelques semaines, Marine Le Pen s’est rendue sur l’île de Lampedusa pour bien mettre le doigt sur ce maillon faible de la frontière européenne. C’est du pain béni pour la stratégie de la nouvelle présidente du FN qui se différencie de son père en affirmant, plus haut et plus fort que lui, qu’elle refuse tout racisme. Son refus de l’immigration n’est, dit-elle, motivé que par des considérations économiques et de capacité d’accueil ; la crise tunisienne et ses répercutions en terme d’immigration, remet l’immigré, l’étranger, au cœur du débat et surtout, il l’installe hors de toutes les considérations raciales ou identitaires qui limitaient l’audience du FN. Cela permet aussi au Président de la République de montrer sa détermination et lui donne peut-être l’occasion de concurrencer efficacement le FN sur ces sujets en réglant le problème ! S’il y arrive, peut-être, en effet. Mais il y aura toujours une contradiction dans l’attitude du Président de la République et même dans le discours du PS. Il soutient officiellement (après hésitations, mais maintenant fortement) les révolutions arabes. Dans certain cas comme en Libye, il y participe et en même temps, il refuse, par la fermeture des frontières, d’en subir quelques conséquences inévitables dues, notamment, à l’effondrement de l’industrie touristique tunisienne et égyptienne. Nicolas Sarkozy se retrouve dans une contradiction-piège. Le sociologue Etienne Balibar résume parfaitement la puissance symbolique et contradictoire que peut revêtir le thème de « l’étranger » quand il dit « L'étranger est une figure ambivalente qui cristallise des affects d'attraction et de répulsion, voire de fascination et de détestation ». L’attraction et la fascination pour ces peuples courageux qui se libèrent et en même temps, la répulsion et la détestation pour les vagues d’immigration que ces révolutions engendreraient. Une position intellectuellement acrobatique et scabreuse ! La présidente du FN ne manquera pas de souligner ce hiatus, elle qui n’avait pas du tout applaudi au printemps arabe. Et ce hiatus, cette contradiction n’étaient pas inévitables. Parce que, de quelle vague parlons-nous ? Il s’agit de 28.000 personnes, à comparer aux 300.000 à 400.000 immigrés légaux que l’Europe absorbe chaque année. La France est (les chiffres sont dans Les Echos ce matin) l’un des pays d’Europe qui accueille le moins d’immigrés en Europe, contrairement à une idée reçue et entretenue pour les raisons politiques que tout le monde a bien en tête.

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