Ce matin le FN, Nicolas Sarkozy et le point Godwin !

Oui, il s’agit de la Une de L’Humanité d’hier avec le Maréchal Pétain et Nicolas Sarkozy. Cette mise en parallèle spécieuse de citations des deux hommes est une outrance qui illustre bien la pertinence de la loi de Godwin ou point Godwin. Le point Godwin, du nom de l’avocat américain Mike Godwin désigne ce moment, au cours d’une discussion sensible, où inévitablement, l’un des protagonistes invoque le nazisme ou fait référence à Adolphe Hitler pour contrer, par extrapolation, les arguments de son adversaire. A partir de ce moment là, le débat s’arrête net, plus aucun dialogue n’est possible, la disqualification de l’accusé est définitive. On ne discute plus avec un interlocuteur qui vous compare au pire. Mike Godwin constatait qu’une bonne partie des dialogues sur la toile se terminaient ainsi. Le point Godwin est donc une figure rhétorique avec effet couperet. C’est aussi le signe qu’on est à bout d’argument. Le pétainisme est la variante française du nazisme dans la loi Godwin. Nicolas Sarkozy n’est pas Pétain, sa pensée n’est pas pétainiste mais ce qui entraine certains à se piéger eux même par cette accusation, c’est une exaspération. Il faut dire que le Président y va très fort dans la provocation en ce moment, tant sur les questions d’immigration, pour lesquelles les vannes du vocabulaire frontiste semblent ouvertes, que pour la question de la fête du « vrai travail » qu’il veut organiser le 1er mai. Le « vrai travail », terme que le Président a fini par récuser. Toujours est-t-il que Nicolas Sarkozy a torpillé un symbole identitaire très fort pour la gauche, un peu comme si la ligue des libres penseurs organisaient la fête de l’athéisme le jour de Pâques à Lourdes !

Mais, de la part de Nicolas Sarkozy, c’est une stratégie volontairement provocatrice !

Oui, le but est de transgresser pour s’imposer ! C’est une règle de challenger. Il s’agit de renverser l’échiquier pour recommencer une partie, revenir à une sorte de « zéro-zéro, la balle au centre ». C’est efficace contre l’ordre établi, mais c’est un peu compliqué à manier quand on est soi-même à la tête de cet ordre établi. Il faut effacer les rapports de force reconnus (l’arithmétique défavorable du premier tour) pour créer un face à face inédit. Pour cela il faut que l’adversaire réagisse avec une force et une outrance équivalentes à la provocation. Ainsi l’électeur aurait à choisir entre deux outrances. Il pencherait naturellement pour celle de son camp d’origine faisant fi des événements précédents qui l’en auraient détourné. Il fallait voir, hier Jean-François Copé se délecter du scandale international que constituait à ses yeux les unes de Libération et de L’Humanité . L’Humanité particulièrement, en comparant Sarkozy à Pétain était tombée dans le panneau. En 2010, Nicolas Sarkozy avait lancé le débat sur l’identité nationale en prononçant un discours dans une ferme. Il affirmait que la « terre aussi fait partie de notre identité ». C’était pour que la gauche et les fameux commentateurs réagissent en le traitant de pétainiste (« la terre ne ment pas »). L’idée c’était de réveiller son camp par l’indignation. Sauf que les premiers à réagir furent, non pas la gauche, mais les modérés de sa propre majorité ! En politique, comme en journalisme… et a fortiori en journalisme politique, on n’est pas obligé de foncer tête baissée dans toutes les muletas agitées par les candidats-toreros !

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.