L'édito politique de Nicolas Beytout

Retour sur l'année 2012 avec de grandes signatures de la presse cette semaine. Après Franz-Olivier Giesbert et Jacques Julliard, ce matin Nicolas Beytout. Année 2012, quel fut l'évenement marquant?

Si je vous répondais autre chose que l’élection de François Hollande, je vous donnerais l’impression de cultiver l’originalité pour le principe. C’est bien sûr, sur le plan politique, l’événement de l’année avec, en contrepoint, la défaite de Nicolas Sarkozy et puis l’invraisemblable guignolade de ses héritiers à l’UMP. Mais si on essaye de dépasser l’événement lui-même, alors on voit que l’année 2012 a été clairement coupée en 2. Avec un premier semestre de promesses, et un second de retour à la réalité.

Un premier semestre où on promettait de mettre au pas les marchés, où on domestiquerait la finance (l’ennemi sans visage !). Un premier semestre de campagne en chantant où l’on scandait la renégociation des accords européens, la relance de la croissance, la réouverture des hauts fourneaux et la réconciliation des Français. C’était beau, c’était fort, suffisamment habile en tout cas pour emporter le vote de la majorité des Français. Alors bien sûr, c’est le lot de toutes les campagnes électorales de promettre un peu plus, un peu trop. Mais là, c’est à se demander si tout n’avait pas été calibré pour « effacer la parenthèse de 5 ans de Sarkozysme », comme le disaient certains membres du staff de François Hollande.

Le problème, c’est qu’en 5 ans, le monde a changé. Et le retour au réel n’a donc pas tardé. A peine un mois après son entrée à l’Elysée, François Hollande apposait sa signature en bas d’un traité en tous points identique à celui négocié par Nicolas Sarkozy. Aucune rature, aucun ajout, pas même une virgule. Et que déclarait François Hollande, au sortir de son premier sommet européen ? Que les marchés financiers avaient l’air satisfaits. A partir de là, tout s’est enchaîné : un choc fiscal suivi d’un début de rétro-pédalage avec l’affaire des pigeons et le crédit d’impôt, une hausse de la dépense publique suivi d’une vigoureuse remise en cause du poids de l’Etat, et puis Florange et la vraie/ fausse nationalisation, ou encore l’usine Peugeot à Aulnay qui ne devait pas fermer. Avec une rapidité jamais vue dans l’histoire des accessions au pouvoir, le nouvel exécutif a dû reformater sa pratique du pouvoir. Je ne parle pas tellement des gaffes et des couacs (après tout c’était le prix à payer pour un vrai renouvellement des équipes au pouvoir). Non, je parle de la manière dont le « Président normal » a rapidement dû se résoudre à courir après l’actualité et après une pratique du pouvoir proche de celle de son prédécesseur. Oui, en 5 ans, tout avait changé. Et si François Hollande, avec le recul, devait regretter une phrase, une promesse, alors je pense qu’il aimerait ne jamais avoir dit qu’il allait « réenchanter le rêve français ».

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