Le jaune aura dominé cette fin d'année 2018... "Couleur des trompeurs et des trompés", nous dit l'historien Michel Pastoureau. Le jaune éclipsant le vert. Alerte enlèvement pour l'écologie : reviendra-t-elle en 2019 ?

Bonjour Yael Goosz... La politique en 2019, votre édito du jour : alerte enlèvement pour l’écologie…  

Oui c’était l’une des images fortes des manifs du 8 décembre, à Lyon : des gilets verts de la Marche pour le climat fraternisant avec les Gilets Jaunes… Un seul et même cortège… Sauf qu’au sommet de l’Etat, le jaune semble bien avoir éclipsé le vert. Emmanuel Macron, l’homme du « make our planet great again », élu « Champion de la Terre » par les Nations Unies en septembre, Emmanuel Macron s’est vite retrouvé happé, par l’urgence économique et sociale.

Le 10 décembre, quand il répond (enfin) aux Gilets Jaunes, c’est sur le terrain du pouvoir d’achat, après avoir clairement mis le ola sur la fiscalité écologique. Car l'écologie punitive risquait de punir le gouvernement… La séquence Gilets Jaunes va-t-elle provoquer pour 2019 une éclipse totale ou partielle de l’agenda écologique ?

C’est la crainte des ONG, exprimée fortement lors de la Cop 24 en Pologne, mais aussi en France par Yannick Jadot, tête de liste Europe Ecologie Les Verts (EELV) pour les européennes. Impression de déjà-vu. Quand Nicolas Sarkozy, en 2011, avait dit, en plein salon de l’agriculture : « l’environnement, ça commence à bien faire ».  

Mais il ne dit pas ça, Emmanuel Macron, au contraire ! Il a parlé d’écologie « populaire » ? 

Oui, c’est vrai, ça c’était le 27 novembre, avant que le mouvement des Gilets Jaunes ne dégénère… A l’époque, il hésite à lâcher ce fameux moratoire sur les hausses à la pompe, mais se ravise au dernier moment. « Il faut se désintoxiquer des énergies fossiles », insiste le Président, qui tente de faire du Hulot sans Hulot, sa plus grosse perte politique de 2018. L’Elysée nomme alors un Haut conseil pour le climat, sorte de vigie censée éclairer les décisions du gouvernement et surveiller sa trajectoire carbone. Mais tout ça est vite devenu inaudible, décalé, par rapport à l’appel au secours des gilets jaunes.

Et La République en Marche ne veut plus faire campagne sur ce terrain ? 

En tout cas ça ne se voit plus… D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si un Pascal Canfin, ex ministre EELV, directeur du WWF France, a refusé l’offre qu’on lui faisait d’être en pole position sur la liste de la majorité pour les élections européennes.

Où sont les mesures fortes ? Où est le plan logement : la rénovation, l’isolation des millions de passoires thermiques en France ? Synonymes d’emplois pour des milliers d’artisans, et d’économies massives, pour les particuliers, sur leurs factures d’énergie ?

Pour la suite de son quinquennat, Emmanuel Macron préfère ne pas faire de vague… Aucune fermeture de réacteurs nucléaires pendant son quinquennat, sauf Fessenheim, déjà acté. Les autres, il y en aurait 14, c’est pour l’après 2022.

Le risque, à terme : laisser le champ libre à EELV, se couper encore un peu plus des marcheurs marqués à gauche. A l’automne, les Verts ont réalisé d’impressionnantes performances en Bavière, en Belgique… Cet agenda-là, celui de la transition énergétique, survivra aux poussées de fièvre jaune. Et il s'imposera de l'extérieur. Peut-être même par les tribunaux, puisque 4 ONG envisagent au printemps d'intenter un recours contre l'Etat "pour inaction face au changement climatique". Leur pétition, "l'Affaire du siècle", bat tous les records et fait pâlir celle des Gilets Jaunes sur les carburants.

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