L'opposition à la réforme redonne de l'air une gauche moribonde depuis 2017. Rapprochements, convergences... Mais l'union reste un sport de combat !

L'édito du jour, avec vous Yael Goosz. Et si l'opposition à la réforme des retraites signait le réveil de la gauche ?   

Disons plutôt qu'elle sort du coma, et qu'elle peut vite y replonger. Pour une fois, je commence par la conclusion et je vais vous expliquer pourquoi tout cela est si fragile...  

La stratégie adoptée par Emmanuel Macron ouvre incontestablement un espace à gauche, c'est vrai. François Hollande appelle ça le retour de la "question sociale". L'irruption de l'âge pivot, le divorce avec Laurent Berger, le choix de coller au socle de droite, tout ça éloigne le Président de sa campagne 2017. 

D'où la scoliose actuelle. Car le mouvement En Marche s'est d'abord construit sur les ruines du PS : on n'oublie pas ses origines. Et la semaine dernière, on a vu fleurir un élément de langage chez les marcheurs qui ont fait leur classe au PS. "Je viens de la gauche et c'est pour ça que je soutiens la réforme." Ou sa variante : "cette réforme est plus de gauche que de droite". Etonnant, ce retour à l'étalon d'antan, à cette échelle de mesure qui devait disparaître dans le nouveau monde.  

Et donc fenêtre de tir pour l'opposition PCF, PS, Verts, Insoumis... ?

La brochette, complète, était sur l'estrade de la Bourse du travail, il y a deux semaines, à Saint-Denis. Du jamais vu depuis 23 ans. Le PS côtoyant le NPA et Lutte Ouvrière. Retour des socialistes dans les manifs. L'inventaire hollandais est fait, les rancoeurs s'apaisent et le premier secrétaire Olivier Faure n'est plus hué et exfiltré des cortèges, comme c'était le cas l'an dernier lors du mouvement social à la SNCF.   

Plus significatif encore : la création d'un comité de liaison entre parlementaires écolos, communistes et socialistes... Avec communiqué commun à la clé, la semaine dernière, pour proposer une autre réforme qui n'augmente pas l'âge de départ et n'allonge pas la durée de cotisation. Propositions de loi attendues pour début janvier.   

Mais vous oubliez l'un des maillons de la chaîne, pourtant essentiel !  

Où est passé Mélenchon, lui qui proposait il y a peu une "fédération populaire" ? Les Insoumis étaient sur la photo à Saint-Denis, et puis c'est tout. Ils ont repris leur indépendance, allergiques à la "gauche à papa". Autant le comité de liaison respecte à fond la charte d'Amiens et l'indépendance syndicale, autant le leader insoumis épouse physiquement, en allant dans les AG (comme ce mardi 24 décembre à la gare de Lyon), la cause de la CGT et des grévistes... Il dit même dit aux syndicats qu'ils devraient faire plus encore et créer une "sortie de comité national d'action". Contre-productif ? Philippe Martinez déteste quand le politique s'ingère dans les mouvements syndicaux...   

En même temps, ce cavalier seul de Mélenchon, Yael, ça prouve aussi qu'ils n'ont rien à faire ensemble...   

C'est là où Emmanuel Macron peut se rassurer. Entre les 60 ans version France Insoumise avec rejet de la réforme à point, et l'acceptation du point chez les socialistes qui ont fait la réforme Touraine, on sent bien que dès qu'on gratte, le vernis craque.    

L'impasse est donc la suivante : oui la gauche renoue des liens, via les retraites ou la pétition pour demander un RIP contre la privatisation d'ADP... Mais sans les Insoumis, elle n'a pas en rayon le tribun, l'incarnation, pour incarner ces retrouvailles. Grand soir d'un côté, sortie politique alternative de l'autre : c'est l'éternelle dilemme entre gauche de révolution et gauche de gouvernement. Au risque de laisser une nouvelle fois passer le train. Car sur les retraites, c'est surtout entre syndicats et gouvernement, et au sein même des marcheurs, que se fait aujourd'hui l'essentiel du débat.

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