« On dirait que les ondes positives ont changé de camp ». Les mots sont murmurés d'un air gourmand, mais en petit comité. Car contrairement à Nicolas Sarkozy qui s’exclamait publiquement il y a quelques jours : « cette élection, je commence à pas trop mal la sentir », Ségolène Royal se garde bien de toute marque extérieure de triomphalisme. Il faut dire que, jusqu'à la semaine dernière, elle était dans le "pot au noir", ce lieu de toutes les dépressions, la hantise des marins au long cours. Elle qui aime décrire les cercles vertueux, en a connu un bien vicieux, un de ceux qui vous entraîne au fond ; de bourdes en maladresses, d’imprécisions en défections médiatiques, « d’à- peu-près » en manque de cohérence - quoi qu’elle fit pendant plusieurs semaines - l'ex-madone des sondages faisait mal. Si mal, que certains de ses propres amis en étaient déjà à imaginer un scénario alternatif. Et si on remplaçait la candidate ? C'est elle et elle seule qui sur TF1 a redressé la barre, en renouant ce lien si particulier qu'elle a su nouer avec les Français. Philosophe, Ségolène Royal en a acquis la conviction que, jusqu'au bout, elle ne pourrait compter que sur elle-même. Mais ainsi renforcée, elle a pu tendre la main et faire enfin les gestes nécessaires pour rassembler ses ascendants et rivaux jusqu'au plus rétif, comme Lionel Jospin. La candidate socialiste est donc revenue dans le jeu. Mais elle reste aujourd'hui sur un fil suspendu au-dessus du vide. Arithmétiquement : elle perd encore. Bloc contre bloc, la droite est largement majoritaire. Nicolas Sarkozy vit sur sa rente dit- elle, François Bayrou grignote sur ses flancs. En clair, ce sont les indécis, 1 électeur sur 3, les classes populaires - celles qui ont fait défection à la gauche en 2002 - et les nouveaux inscrits, qui feront la différence. Politiquement, ce n’est pas gagné. Les élephants sont de retour, le parti devrait enfin faire mouvement avec elle, mais leur image vient tellement « s’entre-choquer » avec la sienne, avec le risque de l'archaïser, qu’elle sait qu’elle a autant à gagner qu’à perdre dans leur retour. Enfin, Ségolène Royal conserve un handicap de "crédibilité". Flotte toujours autour d'elle le soupçon d'"incompétence". Et elle a beau dérouler son C.V comme lundi soir dernier sur TF1, 1 français sur 3 estime toujours qu’elle "n’a pas les qualités pour être Présidente". Et pourtant, elle y croit. Sans doute sentirons- nous tout à l'heure cette impressionnante assurance. A la question, "pourquoi gagneriez vous?", Ségolène Royal répond souvent en toute simplicité : "parce que c’est moi". Un peu court, mais un stratège électoral qui n'est pas de son camp, un certain Dominique de Villepin, raconte souvent que Chirac a gagné en 1995 et en 2002, parce que jamais, il n’a regardé son adversaire. Peut-être Ségolène Royal dispose-t- elle de cette qualité-là par rapport à son principal concurrent, Nicolas Sarkozy.

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