Première grande sortie publique pour l'Ex : Jacques Chirac est ce matin au Salon de l'agriculture, un petit goût de la vie d'avant, qui doit faire du bien à l'ex président. "Jacques Chirac va mal. J'ai même cru en juillet que c'était fini, qu'il se laissait partir. Vous savez, il ne sait rien faire d'autre que ce qu'il a toujours fait, c'est effrayant." C'est un ami de Jacques Chirac qui parle, un de ses très rares amis qui témoigne de la difficulté de sa vie d'après, de sa vie d'aujourd'hui. Alors aujourd'hui on va retrouver le grand escogriffe, un peu plus voûté qu'hier, au pas un peu moins assuré, mais qui renaît au contact des mains à serrer, des verres de bière à engloutir, des morceaux de têtes de veaux à dévorer et des culs de vache à tâter. Il revient, on l'a vu en fin de semaine dernière inaugurer l'historial de Gaulle, on l'a entendu hier au Sénat parler autisme, il sera fin avril en Chine puis en mai au Japon pour sa fondation sur le dialogue des cultures, il travaille à son livre, il revient et donc il revit... Mais c'est toute sa vie qu'il a à inventer, lui qui n'a jamais rien fait d'autre que ministre, maire ou président. Son quotidien est harassant témoigne un proche, harassant car vide. Eh oui, que faire, comment le faire et avec qui ? Depuis 10 mois, pour Jacques Chirac, l'enfer ce n'est pas les autres, c'est lui. Que faire ? L'ex président n'aime pas flâner chez les bouquinistes comme le faisait Mitterrand. D'ailleurs, il n'aime pas lire. Il n'aime pas le ciné, il se fait bien en bas de chez lui une ou deux galeries spécialisées dans les arts premiers mais enfin, ça n'occupe pas sa journée. Il n'est pas people, déteste dîner en ville. Non franchement il s'em... enfin il s'ennuie assure un ami. Comment le faire ? 40 ans que Jacques Chirac ne conduit plus sa voiture, ne marche plus seul dans la ville. Aujourd'hui, il reste prisonnier de son chauffeur, de sa sécurité, pire, de sa relation aux Français. Isolé dans sa citadelle élyséenne, il s'est coupé de la vraie vie. Il n'ose plus entrer seul dans un café car il craint l'accueil et le regard des autres, il ne sait plus seul choisir un restaurant et quand invité, il s'y rend, après l'avoir dûment fait inspecter par ses gardes du corps, il est tout surpris que les tablées le saluent gentiment, que quelques uns souhaitent une photo avec lui. Il ne peut croire que c'est spontané, pense tout de suite qu'on lui a gentiment préparé une "claque" comme au bon vieux temps du RPR. Avec qui le faire également ? Sur son agenda officiel, il y a bien sûr des rendez-vous, des personnalités qui font un détour quand elles passent à Paris, Guy Verhofstadt, Mohammed Yunus, des éminences françaises proches de ses préoccupations d'hier et d'aujourd'hui avec qui il discute, Yann Arthus Bertrand, Dominique Versini ou encore Louis Schweitzer récemment. Mais des amis des vrais ? Il les compte sur les doigts de la main. Reste quelques rituels : le dîner dominical chez François Pinault, un fidèle lui, en toutes circonstances. Tous les dimanche soirs, à leur domicile, entre Maryvonne et François Pinault, quelques instants d'amitié et de normalité. Jacques Chirac savoure-t-il aussi une petite revanche personnelle quand il regarde le destin de celui qui a dépensé tant d'énergie à vouloir le remplacer et à vouloir incarner son exact opposé ? Nul ne le sait, car hier comme aujourd'hui, Jacques Chirac se confie peu... pas. Mais même ça, ça ne l'amuse plus paraît-il, "un ressort s'est cassé" témoigne un proche. Une leçon de vie pour ses successeurs. La vie de président n'est jamais aussi terrible pendant, qu'après.

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