L’édito politique de Françoise Degois. _____Pendant la crise, la réforme continue. On connaît depuis hier soir les conclusions du comité Balladur pour la réforme des collectivités locales - les régions et les départements. Tempête force 5 à l'horizon. Entendons nous bien, je n'ai pas l'intention ce matin de me laisser aller au moindre élan de mauvais esprit qui me caractérise parfois, je l'avoue. En ces temps de crise, je souhaite m'emparer avec gravité de ce dossier majeur. Sur le papier, l'idée est bonne : regrouper, resserrer, réunir, créer des synergies pour rendre les territoires plus compétitifs, dépoussiérer le mille feuilles administratifs. « Ah dépoussiérer le mille feuilles ! », un vœu pieu, psalmodié depuis 20 ans par tous les pouvoirs confondus. Ainsi verrait-on des cantons disparaître, des conseillers généraux aux compétences redessinées, des régions fusionner pour donner naissance au conseiller territorial, sorte de créature hybride, née des amours entre le conseiller régional et la conseillère générale. Si déjà, vous êtes capable de me citer le nom d'un conseiller général de votre connaissance, je rentre au couvent… Alors ? Sur le papier, quelle bonne idée, dans les faits, quelle pagaille ! Car même si Edouard Balladur s'en défend déjà, il est bel et bien question de ramener le nombre de régions de 22 à 15. Et là, ça devient très très rigolo. Deux régions seraient purement et simplement démantelées, éparpillées façon puzzle. D'abord, la Picardie, la région de Claude Gewerc, un bout en Ile-de-France, un bout en Champagne-Ardenne, un bout dans le Nord-Pas-de-Calais. Imaginez le malaise de celui qui vit en plein milieu de la Picardie ! L'avenir n'est pas rose pour « les roses de Picardie », j'essaie de détendre un peu… Seconde région démantibulée : Poitou-Charente. On se demande bien pourquoi Poitou Charente. Pour ennuyer son sénateur, Jean-Pierre Raffarin, dont les amis, jadis, perdirent le Conseil Régional ? Mais pourquoi donc Poitou Charente ? Poser la question, c'est déjà y répondre. La région de Ségolène Royal serait donc éparpillée entre l'Aquitaine et le Limousin. Autre dossier explosif : les fusions, où il est question de compacter la Loire-Atlantique et la Bretagne. Alors question ? Nantes est-elle bretonne ? Oui, non, oui, non ? Ca va se régler à coup de bignou cette histoire. Rhône-Alpes et l'Auvergne fusionneraient aussi. Là, c'est le meilleur ami du président, Brice Hortefeux, qui murmure « soyons prudent ». Hortefeux l'auvergnat, qui rêve de reprendre la région au socialistes en 2010, ne peut décemment pas applaudir tout de suite à cette idée. Et vous n'aurez peut-être plus l'Alsace ET la Lorraine qui pourraient fusionner. Il reste enfin le Grand Paris. Le rapprochement des 3 départements limitrophes avec la capitale, sur le papier, pourquoi pas. Dans les faits, très compliqué. On imagine déjà l'ambiance entre Neuilly-sur-Seine et Saint-Denis. Mais qu'y a-t-il derrière ce plan ? Même si Edouard aux mains d'argent, c'est le surnom que donnent certains socialistes à Edouard Balladur, même si Edouard Balladur donc s'en défend, et plaide la nécessité vitale de cette réforme sans vouloir nuire à la gauche, et surtout sans autoritarisme, on ne peut pas s'empêcher de ne pas tout à fait le croire. Et de faire un peu de mauvais esprit. Si 20 régions sur 22 étaient détenues par l'UMP, comme la majorité des conseils généraux, comme c'est le cas aujourd'hui pour le PS et ses alliés, cette réforme aurait-elle été mise en chantier aussi rapidement ? Poser la question, c'est déjà en partie y répondre. Le rapport, lui, sera remis officiellement à Nicolas Sarkozy le 5 mars pour une éventuelle application en 2014. Mais face à la levée de bouclier, il sera peut-être finalement urgent d'attendre.

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