Le Président continue d’affirmer que la courbe du chômage va s’inverser avant la fin de l’année.

Oui, et c’est la dernière des grandes promesses économiques et sociales qui tient encore debout. Une autre promesse, la promesse de campagne de limiter le déficit du budget en 2013 ne sera pas tenue... alors on peut considérer que c’est un pécher politique véniel. Les promesses pré-électorales ont, dans notre pays a un statut particulier… elles peuvent être assénées sur un ton volontaire …« ma main à couper, juré craché »…tout le monde sait que c’est un propos de tribune et que sa part de dialectique est plus importante que sa part de vérité. Mais ce qui ne passe pas, c’est quand une promesse faite après l’élection n’est pas respectée. Parce qu’un engagement de président, c’est une commande ferme. Une fois élu, un président ne promet plus, il fait ! Et la promesse d’inverser la courbe du chômage fin 2013 a été faite après l’élection. Tout comme une autre annonce ferme : celle d’entrer en 2014 dans une période de stabilité fiscale. Ces deux affirmations ont un tout autre statut que les promesses d’un candidat. Et c’est déjà raté pour la seconde. Le ministre du budget dit qu’il faudra trouver 6 milliards l’année prochaine… finie la stabilité fiscale !

Reste donc l’inversion de la courbe du chômage avant décembre 2013.

Oui et au vu de l’absence de croissance prévue, on se demande pourquoi le Président met ainsi sa parole en danger. Pourquoi faire des promesses post-électorales précises quand il n’y a plus rien à gagner politiquement ? Alors, d’abord, il y a une petite entourloupe parce qu’affirmer que la courbe s’inversera à la fin de l’année veut dire que ça peut tout à fait augmenter -et même très fortement- pendant encore des mois ! Il suffira d’un ou deux mois de stabilité ou de légère baisse, à la faveur de la mise en place des emplois d’avenir, du contrat de solidarité, ou de la loi sur le marché du travail, pour dire qu’on a inversé la courbe. Mais ce ne sera pas forcément le renversement de conjoncture attendu… Cette promesse reste néanmoins terriblement gonflée, surtout quand on a été sévèrement démenti sur les taux de croissance ou le niveau du déficit de 2013. Pourquoi François Hollande fixe-t-il une date qui peut devenir un couperet politique, en décembre prochain, à 4 mois des élections municipales ? La réponse est double : soit il y croit (les fameux cycles économiques) et alors il faut saluer la forme particulière d’optimiste qu’illustre le mot de Churchill pour qui « un pessimiste voit les difficultés dans chaque opportunité alors qu’un optimiste voit des opportunités dans chaque difficulté ». Soit, deuxième hypothèse, François Hollande fait cette promesse, tout simplement parce que le dernier moteur, encore un peu vaillant, pour une éventuelle reprise, c’est celui de la consommation dont on sait que le ressort est aussi très psychologique. Il faut donc entretenir l’espoir, même contre l’évidence du moment, pour avoir, ne serait-ce qu’une chance d’inverser la courbe du chômage. On serait alors dans le domaine de la prophétie auto-réalisatrice. Le plus probable c’est que ces deux hypothèses soient vraies ; François Hollande est optimiste, il croit aux cycles économiques et pense que le meilleurs moyen de hâter une tendance qui vient, eh bien c’est encore de l’annoncer. Voilà qui, en creux, en dit long sur la relativité du pouvoir des responsables politiques dans cette crise.

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