Thomas Legrand revient sur les poursuites judiciaires engagées par Jean-Marie Le Pen contre Arnaud Montebourg… et se penche sur les concepts de diabolisation et de banalisation souvent évoqués quand il s’agit du FN. Après un débat chez nos confrères de RTL entre Marine Le Pen et Arnaud Montebourg, Jean-Marie Le Pen porte plainte contre le ministre. Montebourg avait accusé Jean-Marie Le Pen d’avoir fait l’apologie de l’occupation… Et hier, vous avez , Patrick, rafraîchi nos mémoires en diffusant des extraits sonores qui prouvent bien que Jean-Marie Le Pen avait, à propos de l’occupation nazie, exprimé des avis qu’il voudrait qu’on oublie …Tous les journalistes qui étaient chargés de couvrir les activités du FN dans les années 80 et 90 se souviennent de la littérature maurassienne, pétainiste, très "révolutions nationales" sur les étals de la fête annuelle, "bleu blanc rouge" du FN. C’était le FN d’une autre époque. Marine Le Pen n’a pas ces obsessions collaborationnistes. Elle ne se sent pas faire partie, comme son père, des vaincus de 45 ! Sauf que l’autre époque est toujours là ! Jean-Marie Le Pen est l’actuel président d’honneur du parti. Il est toujours député européen, candidat en mai prochain à sa réélection. En faisant ça Patrick, en rappelant qui est Jean Marie le Pen et ce qu’il a dit dans un passé finalement assez récent, vous diabolisez le FN ! C’est mal… Remarquez si vous ne l’aviez pas fait et si vous vous étiez contenté de renvoyer dos à dos le Pen et Montebourg vous auriez banalisé le FN ! Et c’est mal aussi !Oui la presse est sans cesse accusée de diaboliser ou de banaliser le FN ! Exactement ! Comme si "couvrir", au sens journalistique du terme le FN devait forcément vouloir dire appliquer une stratégie pour lutter contre ce parti. En fait il s’agit simplement de le décrire tel qu’il a été, est encore ou tel qu’il est devenu. Seulement le sentiment que cela donne n’est jamais neutre ! En diabolisant, on tomberait dans le piège de l’antisystème. Le méchant Système dont les médias seraient la cléricature servile. Nous serions les porte-paroles d’un "politiquement correct" que nous exprimerions avec la doxa de la religion "droit de l’hommiste" en décalage avec les vraies préoccupations du peuple. Et de ce fait, le vrai peuple, se tournerait par réaction vers le FN… En revanche quand on se dit : "après tout…le FN est un parti maintenant installé dans l’opinion, traitons-le comme les autres, comme si c’était le MODEM" alors nous tombons dans le piège dit de la banalisation. Parce qu’on ne peut pas traiter le FN comme les autres partis ! C’est vrai que quand François Bayrou ou Jean-Louis Borloo s’expriment on a du mal à trouver, chez les grands ancêtres du centrisme, leurs inspirateurs, Jean Lecanuet ou Pierre Méhaignerie, de quoi effarer les prêtres de "la bienpensance". En réalité, diabolisation ou banalisation –bien qu’antagonistes- sont les deux mamelles du FN. Ce parti a besoin de l’une ou de l’autre, selon les circonstances. Pour un vote de proximité et d’adhésion (les municipales, par exemple) la banalisation c’est mieux… pour un vote de colère, de rejet, voire de dégoût ( plus propice aux européennes )…. La diabolisation est plus efficace. Notre rôle n’est pas de rentrer dans ces considérations pour déterminer la façon dont nous devons parler du FN… mais au moins de comprendre et d’expliquer les tenants et les aboutissants de ces deux ressorts que sont la diabolisation et la banalisation.

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