Marc Fauvelle.

Manuel Valls se lance dans la campagne des élections départementales, des 22 et 29 mars… Il sera ce soir en meeting à Carcassonne. Et vous vous interrogez : que diable va-t-il faire dans cette galère ?

C’est à se demander si ce n'est pas à Lourdes qu'il aurait dû se rendre en premier, tant ces élections qui vont remplacer les cantonales, s'annoncent déjà comme une bérézina. Au PS, tous les feux sont au rouge et il n'y a a priori que des coups à prendre, à aller par avance endosser la responsabilité de cette défaite annoncée.

Les dernières projections effectuées par les experts « solfériniens » ne sont guère enthousiasmantes... Sur les 61 départements aujourd'hui détenus par la gauche, seule une trentaine pourrait rester dans son escarcelle, peut-être même moins, en cas de vague bleue ou bleue marine.... Le PS a aussi calculé qu'il pourrait être éliminé dès le 1er tour dans plus de 500 cantons, sur les 2000 où l'on va voter. Un PS qui serait donc purement et simplement rayé de la carte électorale sur un quart du territoire français. Enfin, il y a l'union de la gauche, ou ce qu'il en reste. Là encore, les remontées du terrain sont catastrophiques. Les écolos vont faire cavaliers seuls dans l'immense majorité des cantons, les alliances avec les communistes sont ultra minoritaires, et c'est une gauche émiettée comme jamais qui part à la bataille, avec des semelles de plomb.

Alors pourquoi mouiller la chemise si c'est perdu d'avance ?

Question de style tout d'abord. On se souvient que son prédécesseur, Jean-Marc Ayrault, avait décidé de faire l'autruche lors des municipales, en refusant de s'impliquer, en promettant d'enjamber l'élection comme si de rien n'était et en mettant en avant les enjeux locaux. Résultat, une claque sans précédent et un débarquement immédiat de Matignon... Manuel Valls lui, veut faire de l'anti Ayrault. Décision a donc été prise avant-hier, lors du petit déjeuner de la majorité de nationaliser cette campagne, avec une dizaine de déplacements du Premier ministre, des ministres réquisitionnés, des discours sur la réforme, et même un grand meeting national dans les cartons avec Jean-Christophe Cambadélis...

L'autre raison tient d'avantage au raisonnement électoral... Dans le tripartisme qui est en train de s'installer en France, le premier tour du scrutin devient de plus en plus crucial pour la gauche. C'est presque une épreuve de vérité... Autrefois quasiment assurée de sa qualification pour le second tour, le PS se retrouve aujourd'hui sous la double concurrence de l'UMP et du FN, dans des centaines de cantons, la qualification pour le second tour se jouera dans un mouchoir de poche, à quelques centaines, quelques milliers de voix seulement entre ces trois partis. Et comme il y aura, non pas une, mais 2000 élections locales, le 22 mars, le moindre sursaut de participation du peuple de gauche, peut se ressentir dans toute la France, et permettre au PS de limiter la casse. Manuel Valls le sait bien : quoi qu'il arrive, il sera tenu pour responsable de la claque électorale qui s'annonce… Les frondeurs, les Verts, les amis de Martine Aubry, la droite, le FN l'attendent déjà au tournant. Ça fait du monde. Alors mieux vaux tenter l'impossible que de tendre l’autre joue…

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