Européennes... La droite et l’époque.

Le choix de François-Xavier Bellamy pour diriger la liste LR n’en finit pas d’interroger les libéraux et les modérés du parti. Ainsi, Valérie Pecresse n’a toujours pas dit si elle soutiendrait l’élu versaillais. Elle finira par le faire mais ce retard calculé souligne sa perplexité face au choix idéologique de Laurent Wauquiez. La personnalité de Bellamy n’est pas en cause. Au contraire, l’homme est apprécié. Il s’exprime à rebours de la mode actuelle du clash et de l’emporte-pièce. Sur un ton posé et courtois, il tente de convaincre en faisant appel à l’intelligence, pas en brandissant le risque de la fin de la civilisation, menace classique sur ce créneau du conservatisme. Pour les dossiers européens, Bellamy est novice. Certes, il apprend vite ! La question de savoir si une élection européenne est vraiment l’occasion d’un stage de formation pour une tête de liste se pose quand même ! L’affaire ne sera pas simple parce qu’il va falloir tenir les deux bouts d’un raisonnement scabreux. LR est l’héritier d’une famille libérale largement responsable de l’état de l’Europe (pour le meilleur ou le pire). Il faudra qu’il apprenne à maitriser ce discours qui allie les idées paradoxales de souveraineté nationale et d’ouverture libérale. Au fond, ce n’est pas ça qui pose problème à la droite modérée mais plutôt le conservatisme sociétal que représente Bellamy. L’avoir choisi lui signifie que c’est sur cette base idéologique, sociologiquement très réduite, que Laurent Wauquiez veut refonder la droite.

Mais François-Xavier Bellamy a bien dit qu’il ne proposait pas de revenir sur la loi Veil, par exemple…

 C’est là qu’est le brouillage de boussole. Pourquoi mettre en porte-drapeau un homme dont  les convictions ne pourront pas être mises en œuvre ? Laurent Wauquiez avait promis que le programme de LR comporterait le retour au mariage d’avant 2015... Puis il s’est ravisé. François-Xavier Bellamy n’a pas été choisi pour ses compétences ou convictions européennes, elles n’existaient pas encore, mais pour ses convictions conservatrices sur les questions  de société. Celles-là même qu’il doit taire ! Non pas en raison d’une je ne sais quelle dictature de la pensée souvent invoquée... mais bien d’un rapport de force, dans la société, perdu sur ces sujets. La façon dont Bellamy dit qu’il ne proposera pas de revenir sur la loi Veil ne veut pas dire ‘j’ai changé d’avis, finalement  je suis fier d’appartenir au parti de Simone Veil’. C’est, en effet, la droite qui a permis, avec Lucien Neuwirth (la pilule) en 1967 et Simone Veil (l’avortement) en 1976, de donner aux femmes la maitrise de leur corps. La grande majorité des électeurs de droite (sans doute la vraie majorité silencieuse) est fière de Simone Veil. Choisir un homme pour ce qu’il pense mais lui demander de faire le contraire parce que l’évolution de la société l’exige... voilà une façon tordue de faire de la politique. A moins que les européennes ne soient le cadet des soucis de Laurent Wauquiez et que le véritable combat, culturel et politique, vraiment conservateur et identitaire, soit pour plus tard. Et alors la gêne profonde exprimée par Valérie Pécresse prend tout son sens.

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