Vous revenez sur le terme ‘séparatisme islamiste’ que le président préfère à celui de ‘communautarisme’

Oui le mot ‘séparatisme’ a l’avantage de nous débarrasser du concept ambigu de communautarisme. Juridiquement, philosophiquement il ne peut pas y avoir d’autre communauté que nationale. Ça c’est le principe. La réalité, c’est qu’une grande partie des Français (c’est bien naturel) se sent aussi appartenir à une communauté, pas forcément religieuse d’ailleurs. 

Pourquoi tenter de l’effacer comme cela fut le cas avec l’idée de l’assimilation forcée, au 19ème siècle, quand il s’agissait de républicaniser, d’unir le pays au forceps. Aujourd’hui, on peut se sentir français et d’une autre origine, régionale ou étrangère, d’une communauté religieuse ou autre tant que ce sentiment n’entraine pas un antagonisme avec la communauté nationale. 

Mais juridiquement, c’est la République, il n’y a de droits qu’individuels et jamais communautaires. En même temps, ce serait paradoxal de demander, d’un côté aux Français musulmans de se structurer, de se désigner des interlocuteurs pour les pouvoirs publics donc, en quelque sorte, de s’organiser en communauté, et de l’autre fustiger le communautarisme. 

Donc le terme de ‘séparatisme’ est plus pertinent pour décrire ce qui apparaît aussi comme un phénomène territorial préoccupant. Ne parle-t-on pas de ‘territoires perdus de la république’, récemment, avec le chercheur Hugo Micheron, de ‘territoires conquis de l’islamisme’, pour désigner la réalité de certains quartiers de nos métropoles ?

Mais ce mot ‘séparatisme’ fait polémique… 

Sur ces sujets, c’est inévitable, au sein de la majorité, et au-delà, bien sûr : la députée Danièle Obono estime même que le terme ‘séparatisme’ signe un racisme d’Etat... 

Analyse que ne reprennent pas ses collègues Insoumis. A droite, à l’extrême-droite, en revanche... on y voit plutôt un déni... non pas dans le terme mais dans les conclusions que le président en tire. Pourtant, pour une fois (ça n’arrive pas si souvent), le ‘en même temps’ macronien fonctionne plutôt. Le discours du président comporte un volet régalien, sécuritaire : des mosquées salafistes, des écoles privés hors contrat, ont été fermées, tout un écosystème islamiste en marge est visé parfois même fiscalement, et il y a un volet social. Il est prévu de remettre des moyens pour tenter enfin de tenir la promesse républicaine, la possibilité d’émancipation dans ces quartiers, en renforçant le tissu associatif qui y fait tant défaut. 

On comprend que les acteurs sociaux de terrain et les élus locaux accueillent ces annonces avec méfiance : ils ont vu leurs ressources fondre (les emplois aidés par exemple) ces dernières années. On verra vite si la promesse est tenue … Parce que  la séparation est aussi due à la république qui a, de fait, cantonné toute une population dans ce qu’il faut bien appeler des ghettos ! 

L’absence de mixité territoriale, qui résulte d’une politique (ou d’une absence de politique) de peuplement, dit que le séparatisme islamiste s’est aussi nourri d’un séparatisme républicain… de la relégation territoriale. L’intérêt du mot séparatisme, c’est aussi qu’il peut (et doit !) être pris dans les deux sens… Pas sûr que le président y ait pensé en le formulant… 

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