L’édito politique du jour, avec vous, Yael Goosz : une élection chasse l'autre, la présidentielle écrase déjà les régionales... Les Français sont-ils au bord de l'overdose ?

Nécessaire précaution d’usage avant d’écouter cette chronique : tout le monde sait au prix de quelles luttes les libertés ont été conquises en France. La démocratie est fragile, le droit de vote sacré, obligatoire même dans certains pays tellement sa valeur est grande. 

Non, la question posée, c’est : peut-on faire mieux pour que les Français aient davantage envie d’aller voter ? Sondage Odoxa sur les régionales de juin : la participation devrait dépasser les 50% ! C’est pas mal, mais c'est pas l’extase. 

Depuis l’an dernier (Covid oblige) et les municipales morcelées, les propositions fusent pour adapter nos scrutins à la nouvelle donne sanitaire. Réflexions, tribunes, qui n’aboutissent à rien ou presque. Le gouvernement a fait preuve d’amateurisme en tentant d’introduire par un amendement surprise le vote par anticipation… Tollé dans l’opposition qui n’a pas eu le temps d’en débattre. Idée mort née. Dommage, la technologie a pourtant fait ses preuves aux Etats-Unis et au Portugal. 

Autre illustration du peu d’enthousiasme manifesté sur le sujet institutionnel : Emmanuel Macron temporise tellement sur la proportionnelle qu’il sera bientôt trop tard pour enclencher la moindre réforme avant les législatives de... 2027 ! 

Si on remonte le fil depuis 20 ans et la réforme du quinquennat, on constate que nous sommes appelés aux urnes quasiment tous les 18 mois ! En 4 ans, seule 2018 aura été une année blanche. Européennes en 2019, municipales en 2020 et bientôt régionales et départementales. Un bonheur pour les sondeurs et les journalistes politiques, mais est-ce bien raisonnable ? Est-ce lisible ? A quel point est-ce que cela perturbe et influe sur la politique du gouvernement qui vit chacun de ses scrutins comme autant de tests grandeur nature... 

Et comment pourrait-on rationaliser les élections à la française ? 

Quand il se rend aux urnes tous les 4 ans, un Américain ne vote pas seulement pour la Maison blanche. Bien souvent, le même jour, il choisit aussi ses représentants à Washington, dans son Etat, s’exprime par oui ou non à la légalisation du cannabis, ou toute autre consultation locale, jusqu’à l’heure de passage des motocrottes dans sa ville. Je caricature, mais sans aller jusque-là, pourquoi ne ferions nous pas coïncider à mi-mandat présidentiel, l’ensemble de nos scrutins intermédiaires (municipales, régionales, départementales) ? L’ancien député Yves Jego l'avait proposé en 2015… Sans succès.  

Argument contre : cela nationaliserait trop l’enjeu, alors qu'on parle du local. Arguments pour : un puissant coup de projecteur les collectivités, la participation en une seule fois d’un maximum de citoyens, une organisation moins coûteuse, et plus besoin de lois sur le cumul. 

Il faudrait synchroniser la durée des mandats ? Mais c’est déjà le cas, 6 ans, pour les conseillers municipaux, départementaux et régionaux. Poussons la logique jusqu’aux législatives : voter le même jour pour son député et pour le président. Là encore, cet effort de rationalisation redonnerait ses lettres de noblesse au Parlement face à l’hyper-présidence de la Cinquième République, accentuée depuis 20 ans par l’inversion du calendrier. Au lieu de diluer le vote, on solennise deux grands rendez-vous électoraux, l'un national, l'autre local. Et les européennes ? Là c'est plus compliqué, à 27, de synchroniser le calendrier.

Quelques réflexions, trop abstraites sans doute, qui se perdront sur les ondes… Humble contribution. Mais il y a mille et une manières de ne pas se résigner à la déprime citoyenne.

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