Roger Karoutchi, le secrétaire d’Etat aux relations avec le Parlement, a rendu public, hier, son homosexualité. Au premier abord, cette révélation peut paraître assez étrange. C’est peut-être une nécessité ressentie par Roger Karoutchi, une étape libératoire dans un cheminement personnel. Il ne nous revient pas de commenter cette partie intime de la décision de Roger Karoutchi mais il se trouve qu’à décrypter le plan média très professionnel de l’annonce, faite conjointement dans le magazine "L’Optimum" et sur TF1 à une heure de grande écoute, il se trouve que cet acte est en même temps un acte politique puisqu’il participe de façon positive à la banalisation de l’homosexualité. Il y a aussi un aspect plus politicien. Roger Karoutchi a un rêve, un but, une ligne d’horizon depuis plusieurs années : il veut être celui qui reconquerra la Région Ile-de-France pour le compte de l’UMP, ambition tout à fait légitime puisqu’il y dirige l’opposition et qu’il connaît les dossiers de la région mieux que quiconque à droite ! Seulement voilà, il se trouve aussi que Valérie Pecresse, ministre de l’enseignement supérieur, jeune femme, étoile montante, a la même ambition. Il se trouve, enfin, qu’un récent sondage, Le Figaro-Opinion Way (autrement dit Elysée/UMP) révélait que les franciliens préféraient Valérie Pecresse à Roger Karoutchi. A regarder ce sondage de plus près, on comprend surtout que Valérie Pecresse est connue et que personne ne connait Roger Karouchi. Regardez la presse de ces derniers jours, le déficit de notoriété est en partie comblé par la spectaculaire médiatisation de la révélation du ministre. Et d’ailleurs, cette chronique y participe aussi puisqu’elle y est consacrée. Prend-il un risque politique ? Puisque Roger Karouchi veut se présenter en Ile de France, les quelques poignées d’électeurs très conservateurs qu’il peut perdre à Versailles ou dans le 16ieme arrondissement de Paris, il les regagnera aisément dans le centre de la capitale. Mais, justement, le constat de ce calcul aussi hasardeux que dérisoire nous amène à une réflexion beaucoup plus intéressante sur la société française. Qu’un homme politique de droite ne risque rien à révéler son homosexualité est un indicateur sociologique sur la formidable et très rapide évolution de la perception de l’homosexualité en France. Songez qu’en 1999, le RPR et l’UDF s’opposaient frontalement au Pacs voulu par Lionel Jospin. Christine Boutin participait même à des manifestations dans lesquelles étaient scandés des slogans homophobes. Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy renforce le Pacs. Il existe même au sein de l’UMP une association (qui s’appelle gay-lib) qui prône une évolution rapide des droits pour les homosexuels. Le débat s’est déplacé et la ligne de fracture est maintenant entre les partisans et les opposants à l’adoption d’enfants par les couples homosexuels. Les représentants de l’UMP n’ont pas changé d’avis tout seul. Ils sont entrainés par leurs électeurs. La tolérance envers l’homosexualité et l’idée qu’un couple homosexuel doit avoir exactement les mêmes droits qu’un couple hétérosexuel est maintenant majoritaire dans l’opinion et a largement progressé à droite. Il y a, finalement, assez peu de sujets de société pour lesquels une telle évolution ait été aussi spectaculaire ces dernières années. Nicolas Sarkozy ne voit aucun inconvénient à cette révélation. Le Président dit souvent qu’il veut que son gouvernement soit à l’image de la société française. Hé bien le jour où l’on nous annonce que Rachida Dati, l’un des symboles de la diversité, va quitter le gouvernement, Roger Karoutchi vient la remplacer dans cette fonction symbolique. Cela ne veut pas dire que tout ça est orchestré. Seuls les paranos, partisans de la théorie du complot le penseront. Disons juste que ça ne tombe pas mal.

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