Dans votre édito ce matin, bien sûr, vous revenez sur la prestation présidentielle d’hier. Oui, c’était assez étonnant et je dois avouer que ce n’était pas forcément le tapis de roses que je dénonçais, par avance, hier matin. En terme de stratégie d’opinion Nicolas Sarkozy n’aura sans doute pas réussi à convaincre ses opposants mais il aura peut-être réussi à opérer un début de modification de son image. On avait un Président que l’on disait isolé, loin des réalités, qui ne semblait comprendre l’état de l’opinion qu’au travers des enquêtes des instituts de sondages, un président volontiers vantard, sûr de lui et péremptoire…on aura eu, le temps d’une soirée au moins, un Président admettant pouvoir se tromper, un président à l’écoute, tentant de comprendre les cas particuliers qu’il côtoyait avec un certain naturel. Ces images et ces impressions seront peut-être rentables sous forme de quelques points de popularités dans les prochains sondages…mais ce sont des impressions, des images de surface qui ne changent finalement pas grand-chose à la difficulté majeure actuelle : la distorsion entre le discours et la réalité. Nicolas Sarkozy a sans doute voulu, hier inaugurer une nouvelle phase de sa présidence, une période plus apaisée, au cours de laquelle il tentera de se présenter en protecteur bienveillant et attentionné. C’est un changement stratégique ? Oui, c’est un conseil qui lui est prodigué par une partie de sa majorité et de son entourage. Le titre du Figaro de ce matin « le nouveau Président » le suggère d’ailleurs. Ces attitudes hier, que l’on sentait très contrôlées et dictées par une volonté de calmer le jeu rappelaient un peu les efforts que Nicolas Sarkozy avait déployé pour rester calme et mesuré lors de son débat face à Ségolène Royal pendant de la campagne présidentielle. La posture du président semblait être hier de cet acabit. Cette forme d’empathie peut payer mais il y a un risque également. Quand Nicolas Sarkozy dit, je cite « je comprends que votre situation n’est pas facile mais comprenez que mon travail n’est pas facile non plus » d‘abord le parallèle est osé mais cette façon de demander de l’indulgence peut introduire l’idée d’une certaine impuissance… le contraire de ce que le sarkozysme prétendait incarner jusque là. Au delà de la communication, il y avait, avec cet échange entre des individus, avec leur histoire personnelle et le président de la République ainsi confronté à des cas concrets et humains, quelque chose, c’est vrai, de spectaculaire (au sens ou c’était un spectacle étrange et inédit) avec le charme du contraste, la curiosité de l’incongruité et en même temps un malentendu complet. D’un cas particulier Nicolas Sarkozy tirait des généralités en forme de justification de sa politique. Il ne pouvait pas faire autre chose, bien sur, mais ça donne une confrontation bancale entre l’intime et l’universel, l’émotion et le rationnel, le concret et le théorique, l’expérience vécue qui dit blanc et les statistiques imparables qui disent noir. Finalement on retombait toujours sur le même os du sarkozysme : la correspondance assez hasardeuse entre le discours et la réalité. Relevons quelques exemples d’affirmations qui ne correspondront pas forcement à ce qui se fera, et que l’absence de réels contradicteurs, a permis de laisser passer : Nicolas Sarkozy a pu dire par exemple que toutes les automobiles françaises vendues en France seront produites en France, qu’il envisage d’étudier l’intégration des contractuels de la fonction publique ou que le chômage va baisser dans les semaines ou les mois prochains. Autant d’affirmation efficace pour la prochaine mesure de popularité mais qui peuvent devenir des petites bombes politiques à retardement.

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