**Nicolas Sarkozy a demandé la restitution à la Tunisie des biens que la famille de Ben Ali possède en France.Oui et le parquet de Paris a ouvert une enquête visant ces biens. Cette enquête préliminaire a été confiée à l'Office central de la répression de la grande délinquance financière et à Tracfin, l'organisme anti-blanchiment du ministère des Finances. Le président français a été très clair lors de sa conférence de presse avant-hier : "La France s'attache à la recherche systématique des richesses pillées qui doivent être rendues au peuple tunisien" a-t-il déclaré. La procédure ouverte via le parquet devrait permettre, dans un premier temps d’établir l’état des lieux exact de ce que possèdent Ben Ali et ses proches en France. Le procureur devra ensuite adresser au juge des libertés et de la détention une requête pour demander le gel des avoirs de la famille du dictateur déchu. On peut se demander pourquoi le procureur n’a pas choisi une procédure plus simple et plus rapide : l’ouverture d’une information judicaire et la désignation d’un juge d’instruction qui aurait pu geler les avoirs douteux sur le champ et réduire ainsi le risque de fuite. Ce choix est à mettre sur le compte de la tendance actuelle à marginaliser le juge d’instruction dans les affaires sensibles… mais c’est une autre histoire. Comment se fait-il que des avoirs provenant de la corruption aient pu prospérer en France ?En France et partout ailleurs. C’est vrai que c’est choquant de ne bloquer que maintenant des avoirs que l’on connaissait avant. « Les richesses pillés » comme le dit le Président le sont depuis longtemps. Pourquoi n’a-t-on pas fait pression plus tôt sur Ben Ali ? En réalité aucun pays ne refuse l’argent des dictateurs, c’est juridiquement compliqué, ce serait politiquement vertueux mais économiquement préjudiciable, en tout cas c’est considéré comme tel. Ce n’est pas comme la plume et le plomb… un kilo de morale n’est pas égal à un kilo d’intérêts financiers en politique. Beaucoup d’intérêts sont en jeu et la France ne fait pas exception. L’association Sherpa, qui est à l’origine de plaintes instruites pour que soit saisis les biens mal acquis des potentats de Guinée Equatoriale du Gabon et du Congo, rencontre bien des obstacles. Ali Bongo président du Gabon et couvé par Paris, jouit d’une immunité de fait. Il faut dire que ces trois pays sont producteurs de tas de matières premières que la France exploite. Les pays comme la France sont comme shootés, en état de dépendance vis-à-vis d’intérêts particuliers et puissants. Aux Etats-Unis, traquer les biens mal acquis est encore plus compliqué. Le président Obiang de Guinée Equatoriale possède une Villa estimée à 35 millions de dollars à Malibu. Aucune action juridique n’est possible pour que ce bien issu de la corruption soit saisi. Mais de plus en plus d’autorités morales, d’associations d’opposants, d’ONG comme Sherpa, Transparency International, ou la Commission Arabe des Droits Humains harcèlent les protecteurs des dictateurs corrompus qui placent leur avoirs à l’étranger. Et ça avance ! Des juges tentent de trouver les biais juridiques, la presse s’intéresse de plus en plus à ces questions, des responsables politiques tentent de convaincre les gouvernants de pays démocratiques de ne plus faire barrage à la transparence. La découverte pour le grand public de l’ampleur des richesses accumulées en France par Ben Ali va accroitre la pression sur le parquet et le gouvernement pour qu’ils cessent d’entraver les actions des juges qui enquêtent sur les biens mal acquis par les dirigeants des dictatures corrompues encore en place.**

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