Le chef de l’Etat s’exprimera à la télévision dimanche.

Oui, ce sera à une heure de grande écoute, sur six chaînes à la fois… c’est ce que l’on pourrait appeler de la communication de guerre, une prise de parole qui s’apparente à un contexte d’état d’urgence. Si ce sont les mesures prévues qui sont si importantes, elles devraient se suffire à elles-même et pourraient très bien être annoncées par le Premier ministre. Après tout, c’est lui qui doit les mettre en œuvre tout de suite. Si les mesures envisagées sont applicables après mai, il aurait été logique qu’elles figurent dans le programme présidentiel en préparation. Mais le Président a choisi un autre mode de communication. Ça passe, le week-end dernier, par un vrai-faux off, et donc, le week-end prochain par un programme unique multi-chaînes taillé sur mesure et co-produit par l’Elysée. Revenons sur le fameux « off » par lequel Nicolas Sarkozy envisage la possibilité de sa défaite et sa vie d’après. Nous avons là un cas d’école des ambigüités des relations entre politiques et les journalistes chargés de les suivre. On peut toujours se perdre en conjecture pour savoir si ses confidences étaient spontanées, si Nicolas Sarkozy voulait qu’elles soient retranscrites ou pas, le Président a assez d’expérience pour savoir qu’une discussion à bâtons rompus dans un avion avec plusieurs journalistes, eux même en concurrence, c’est une discussion qui finit forcément par sortir, par bribes, édulcorée… puis complètement. On retrouve bien quasiment tout le verbatim des huis-clos des petits déjeuners de la majorité dans les quotidiens ou en page 2 du Canard chaque semaine…

Mais, est-ce qu’on ne sur-interprète pas le moindre de ses gestes ?

Sans doute. On a pu lire beaucoup d’analyses de « sarkologues » distingués, qui rappellent les kremlinologues tentant de découvrir les sous textes et déchiffrer le moindre mouvement de sourcil des potentats du Kremlin à la grande époque de l’Union Soviétique. On fait de la post-rationalisation… c'est-à-dire que l’on reconstruit, bien souvent des explications qui nous paraissent logique et arrangent toujours quelqu’un. On est assez prompt à imaginer de savantes stratégies là ou il y a, bien souvent, que de l’instinct et peu de rationalité. Ainsi, dit-on, Nicolas Sarkozy aurait voulu s’humaniser, montrer qu’il doute, lui aussi… Il est le challenger, non pas inconscient de sa réelle impopularité, mais parfaitement au courant des ses handicaps. Ce « off » préparerait le terrain pour une séance de mea-culpa à venir… peut-être, justement dimanche, sur toutes les chaînes ! Le plus étonnant, c’est que ces explications sont alimentées par d’autres discussions, avec des proches du chef de l’Etat, qui analysent, eux-même les stratégies présidentielles. Du coup, 90% du commentaire politique, c’est de l’explication de stratégie. Un peu comme si vous alliez voir un magicien et que 90% du spectacle était composé de l’explication des trucs. On ne serait pas émerveillé par la magie mais on serait épaté par l’ingéniosité. On se dit : il est malin, quel fin stratège ce Sarkozy… sauf que ça ne marche plus. Ni les trucs, ni leurs explications. En fait, il faudrait pouvoir décréter que tout est « on » entre le chef de l’Etat et les journalistes. Qu’il y aient de vraies conférences de presse… qu’il participe à de vraies émissions de radio ou de télévision, bref que le Président communique enfin comme le candidat Sarkozy l’avait explicitement promis à toutes les rédactions, il y a cinq ans. Mais ça commence à faire tard !

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