Vous revenez sur une phrase d’Alain Juppé passée inaperçue la semaine dernière…

Oui c’est le journal Les Echos qui rapportait ce propos d’A.Juppé, je cite : « Je ne referai pas ce qu'a fait J. Chirac en 2002 » , évoquant une éventuelle victoire à la présidentielle en 2017 face à Marine Le Pen… J.Chirac, après le choc du 21 avril 2002, avait été très largement élu, avec les voix de la gauche au 2ndtour contre JM.Le Pen. Et il n’avait pas cru bon, après sa victoire à 80%, d'élargir sa majorité aux sensibilités qui avaient participé à son succès. D’ailleurs à l’époque, personne ne réclamait une telle recomposition. La majorité législative sortie des urnes en juin 2002 était donc de droite et c’est un gouvernement UDF/RPR (certes dirigé par le modéré Raffarin) qui s’était installé aux commandes, donnant naissance à ce qui allait être l’UMP. La vie bipartisane, droite/gauche, avait repris de plus belle, le scrutin majoritaire n’ayant laissé aucune place au FN au parlement. Personne ne parlait de tripartition du paysage politique. Tout s’était passé comme si JM.Le Pen, au 2ndtour, n’avait été qu’un accident électoral de L.Jospin, bon 1erministre mais déplorable candidat.

Et donc A.Juppé ne rééditerait pas ce schéma !

Non, il faut dire que la présence prévisible de M.Le Pen au 2ndtour en 2017 ne serait pas de même nature que la surprise absolue de 2002. Depuis, la défiance envers le politique n’a fait qu’empirer, la droite, 10 ans, puis la gauche, 5 ans, auront ont eu, chacun à leur tour, tous les pouvoirs, et montré leur impuissance à résoudre la question clef de l’emploi. A.Juppé évoque donc déjà -et c’est étonnant que cette parole n’ait pas fait plus de bruit (sans doute à cause du livre de N.Sarkozy)-, A.Juppé évoque donc une probable vaste recomposition. S’il est élu face à M.Le Pen, il fera en sorte –dit-il- que les législatives qui suivent dégagent une majorité présidentielle pouvant prendre en compte l’ensemble des forces qui auront concouru à son élection. Parler, comme il le fait, de gouvernement trans-partisan peut être une façon de chercher, justement, à dépasser l’impuissance publique qui se manifeste depuis si longtemps à cause de ces divisions artificielles qui bloquent toutes réformes. Mais parler déjà de cette recomposition est assez gonflé parce qu’avant le suffrage des Français (et donc peut être des électeurs de gauche au 2ndtour de la présidentielle), il devra se faire désigner par les seuls électeurs de droite et du centre, à la primaire de son camp, puis au premier tour ! L’affirmation d’A.Juppé entraine aussi beaucoup de questions qui ne peuvent pas trouver de réponses aujourd’hui : quelle périphérie pour sa majorité ? Comment construire une majorité et désigner des candidats en 1 mois, temps qui sépare la présidentielle des législatives ? A.Juppé peut cependant envisager, de façon crédible, son attitude d’après sa victoire en 2017, tandis que N.Sarkozy, lui, parle de lui dans une tentative d’auto-sauvetage, pour espérer rester dans la course au sein même de son propre camp. La déclaration d’A.Juppé montre aussi l’état de la compétition entre les deux principaux candidats (déclaré pour le 1eret en suspend pour le 2nd) à 10 mois de la primaire.

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