Le Penelope Gate, une affaire très embarrassante pour François Fillon…

Oui, parce que cette affaire parle d’elle-même. Elle dit l’exact opposé de ce pourquoi François Fillon avait été choisi lors de la primaire. Probité, rigueur, austérité assumée. Il pouvait se permettre de demander des efforts à ses concitoyens parce que lui-même paraissait être un exemple, étranger et même rétif au bling-bling sarkozien ou à la clique des Hauts-de-Seine sauce Balkany. Le plus pénible est à venir, quand ses soutiens vont se démener, sans y croire (ils nous le disent déjà en off) pour prouver que Madame Fillon avait un vrai travail qui pouvait valoir 7500 euros par mois sur la fin. La question, c’est déjà de faire travailler sa famille, de la rémunérer quand on est élu. La politique, c’est vrai, est une affaire chronophage, absorbante (surtout quand on cumule les mandats). Elle est souvent une aventure collective dans laquelle le conjoint ne peut être qu’étroitement mêlé ou totalement délaissé. Il se peut donc (même si c’est interdit dans la plupart des parlements des autres pays démocratiques et au Parlement Européen) qu’un conjoint soit payé… mais quand même pour un travail ! Chaque député a une enveloppe pour embaucher à sa guise 2 ou 3 collaborateurs. Quand Madame Fillon continue à être payée sur l’enveloppe du député suppléant de son mari, devenu ministre, cela grève d’autant la dotation du nouveau député qui n’a plus les moyens de rémunérer un vrai assistant utile au travail de parlementaire. Ces pratiques ne sont plus si courantes depuis les nouvelles dispositions sur la transparence instaurées en 2014 après l’affaire Cahuzac.

L’opinion est de plus en plus sévère avec ce genre d’abus.

Oui, c’est une question d’époque et de contexte économique. François Fillon, a été élu député à 28 ans, après avoir été lui-même assistant parlementaire. Il n’a connu que la politique et presque tous les mandats souvent cumulés. Il est d’une génération et d’un milieu où l’on a longtemps estimé qu’être élu était une activité sous payée. Les subsides publiques, les atours du pouvoir, chauffeurs, avions, toutes les facilités qui vont avec ce métier très exigeants, ont longtemps été considérés comme des compensations minimum, mérités pour des hommes (il n’y avait presque que des hommes) qui, assumaient des responsabilités comparables à celles de très hauts cadres du privés bien mieux payés. Mais ça, c’était avant. Quand la croissance permettait aux Français de voir leur vie matérielle progresser sans cesse, quand l’action politique ne semblait pas être qu’impuissance et le discours qu’appel au sacrifice ! Faire de la politique pendant les 30 Glorieuses, c’était aussi profiter à plein des plaisirs du pouvoir, dans une indifférence générale. François Mitterrand et Jacques Chirac en sont les exemples les plus éclatants. Leur façon assez vorace d’user et abuser des largesses qu’offraient le fait d’être au sommet de l’Etat serait aujourd’hui assimilé à de la kleptocratie. Les temps ont changé et c’est heureux. L’ère Mitterrand/Chirac est bel et bien révolue. Le plus sidérant, dans cette affaire c’est que François Fillon ne semble pas en avoir pris la mesure. Beaucoup d’éléments, dans l’actualité politique nous montrent que nous sommes à la fin d’un cycle. Quelques morceaux de l’ère précédente subsistent encore… Le Penelope Gate en est un.

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