Oui et que croyez-vous qu’il arriva ? Une polémique sur la laïcité… on est très créatif dans ce domaine !

Pourtant François de Rugy a cru bien faire. Ces nouvelles règles ne sont pas des ajouts au règlement de l’Assemblée afin d’échapper au contrôle du Conseil constitutionnel. Il ne s’agit que d’une instruction générale. Voilà le problème, la réalité c’est que cette nouvelle règle contredit certainement la constitution au regard de la liberté d’expression des parlementaires. Ce texte interdit, je cite, «le port de tout signe religieux ostensible, d’un uniforme, de logos ou de messages commerciaux ou politique». Ces lignes semblent frappées au coin du bon sens. Il s’agit d’empêcher que la tribune devienne un lieu de meeting. Seule l’expression orale, même musclée, y est autorisée. Il n’est pas permis, par exemple, de sortir une banderole, un graphique, ni un panier de courses pour figurer la cherté des prix, comme le fit JL Mélenchon. L’année dernière, Claude Goasguen, était entré dans l’hémicycle avec une kippa quelques instants en signe de soutien à un enseignant juif agressé à Marseille. Et puis François Ruffin, pour évoquer l’importance des bénévoles associatifs, avait revêtu le maillot de foot amateur d’une commune de sa circonscription.

Ces événements sont-ils des atteintes à la laïcité ?

C’est justement la question parce qu’il s’agissait non pas de brandir un étendard politique ou religieux, mais d’illustrer un propos précis ou de soutenir une cause ponctuelle. Les députés ne sont pas des agents de l’Etat et ne doivent pas être neutres, au contraire ! Quant à la laïcité, on ne voit pas où il en est question. Le député François Pupponi, outré par ces nouvelles règles, explique que le parlement ne devrait pas interdire les signes religieux puisqu’il s’agit d’un lieu public et non pas d’un service public. Il ne faut pas confondre élus du peuple et fonctionnaires neutres ! La question des signes religieux est complexe. L’hémicycle n’est pas ouvert au public, ce n’est pas un lieu public, contrairement à ce que dit Pupponi. D’ailleurs on n’y fait pas tout ce que l’on peut faire dans un lieu public, une place, une rue… pique-niquer, faire sa gym ! C’est un lieu dans lequel l’expression la plus libre possible doit pouvoir s’épanouir mais dans un cadre formel contraint. Seulement si une député voilée était élue, il n’y aurait sans doute pas de vraie base légale pour l’empêcher de siéger voilée (en dépit de la règle édictée par François de Rugy). Mais pourquoi invoquer la laïcité à partir de l’histoire d’un maillot de foot porté quelques minutes pour un sujet précis ? A part l’abbé Pierre et le chanoine Kir il y a bien longtemps, aucune candidature explicitement religieuse, catholique, juive ou musulmane,  n’a jamais dépassé les quelque 10èmes de % aux législatives en France et ce n’est pas prêt d’arriver, contrairement à ce que veulent laisser croire les délires houellebecquiens et les paranos identitaires qui prospèrent dans la sphère conservatrice à la mode. A force de mettre de la laïcité dans la moindre règle de conduite édictée pour la vie publique, on risque de rendre ce principe, pourtant essentiel de notre république, aussi flou que détestable.     

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