Marine Le Pen lance une plateforme participative dont le nom est … "M l’Avenir" (M, avec la lettre M). Jeu de mot emprunté (pas sûr que ça l’enchante) au chanteur Matthieu Chédid…

Marine Le Pen, présidente du Rassemblement National
Marine Le Pen, présidente du Rassemblement National © AFP / Idriss Bigou-Gilles / Hans Lucas

Pour ce qui est de l’avenir et du participatif, ça rappel Désir d’Avenir de Ségolène Royal. Enfin, cette idée de plateforme programmatique, c’est du Mélenchon 2017. Le participatif, le contributif, l’interaction citoyenne, ce n’est pas, de prime abord, l’apanage de l’extrême-droite, plus attaché à l’autorité omnisciente du chef. 

C’était pratique avant quand on se disait la voix de la soi-disante majorité silencieuse, puisque par définition, elle ne disait rien ! Maintenant il y a les réseaux sociaux ! Et les réseaux sociaux ne s’accordent plus avec l’idée de suivre, discipliné, le panache blanc du chef. Marine Le Pen s’est donc mise à l’interactif. 

Attention quand même… le site M l’Avenir sera doté d’une armée de modérateurs. Les contributions ne seront pas en accès libre… Je vous laisse en imaginer la raison, compte-tenu de la finesse de la prose de ce qu’il est convenu d’appeler la facho-sphère… En réalité (et c’était aussi vrai pour les outils participatifs de Ségolène Royal, en 2017 de Jean-Luc Mélenchon ou d’Emmanuel Macron), l’idée de consulter le peuple pour élaborer un programme est assez hypocrite… On fait plutôt le tri dans les contributions et on les utilise surtout pour justifier ou illustrer des choix déjà faits. Et c’est logique ; question de cohérence. Mais le RN de Marine Le Pen se contente d’être le réceptacle d’une bonne partie de la colère populaire.  

Le RN n’est donc toujours pas un parti d’adhésion

Non, il peine toujours à trouver assez de candidats valables pour les élections locales. Au mieux les électeurs adhèrent à une protestation et à une vague demande d’ordre. Le sentiment d’insécurité, physique, culturelle, identitaire, la peur du déclassement, le vertige de la mondialisation restent le carburant essentiel du RN, plus que la moindre espérance. 

L’actualité fournit assez d’intentions de vote (pour la présidentielle uniquement) pour assurer  une course en tête pour 2022. La seule protestation peut permettre de remporter le premier tour. Pas le second. L’identité politique de Marine Le Pen n’est encore, dix ans après son arrivée, que défensive. Ayant rompu avec la lignée fascistoïde de son père, avec les rails pétainistes et l’Algérie française des fondateurs du FN de 1972, Marine Le Pen n’a pas su leur substituer une offre autre que celle de la protestation. Devenue républicaine et laïque par détestation de l’islam plus que par amour des Lumières, devenue souverainiste en proposant le retour des frontières mais en gardant l’euro… le message positif reste nébuleux, basé sur la réaction à l’actualité. La ‘présidentialité’ largement entamée lors de la dernière campagne n’est toujours pas réparée. 

Marine Le Pen a cependant un avantage sur tous les autres candidats potentiels. Elle semble la seule à être assurée d’être au second tour (pour l’instant !). Ça devrait lui permettre de travailler la positivité de son message. Mais le problème, dans cette dernière phrase, de l’avis même de son entourage… c’est sans doute le verbe ‘travailler’…  

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