L'UMP a annoncé hier qu'elle n'organiserait pas cette année d'université d'été du parti. C'est la tradition après une élection présidentielle. C'est néanmoins un sacré coup dur, notamment pour les journalistes politiques. On ne pourrait retenir de ces rendez-vous de fin d'été fixés par les partis politiques, que le côté Madeleine. Fin des vacances, c'est reparti pour une année. On ne pourrait en retenir que le côté rituel. Chez les socialistes, vous savez que le samedi soir à La Rochelle, vous êtes invité à déguster un plateau de fruits de mer chez André. Ce n'est pas QUE pour manger, cela marque la rentrée politique du numéro 1 du PS. Etat d'esprit et stratégie, vous savez TOUT avant tout le monde, même s'il y a beaucoup de monde à ce dîner là. On ne pourrait en retenir que le côté "collector". C'est vrai surtout à l'UMP. Longtemps, on a pu faire la collection de tee shirts in-mettables, avec Edouard Balladur grandeur nature dans le dos ou siglés "enjoy capitalism", jusqu'à ce que l'esprit de Nicolas Sarkozy souffle sur la créativité des jeunes Ump et leur fassent inventer les Tongs Umps. Attention, objet culte. On pourrait enfin ne retenir que les "images com" de ces rendez-vous : les peoples invités à se montrer, les ministres qui se déhanchent sur des rythmes "jeun's" sous l'oeil des caméras, ou encore les vrais faux duos des photos. Souvenez vous, Edouard Balladur et Jacques Chirac en septembre 93, qui marchent négligemment sur un ponton de La Rochelle pour faire croire encore à leur amitié, quand leur duel "de dans 2 ans" est déjà écrit dans leurs regards divergents. Si ce n'était que ça, ce serait déjà dommage de se priver de tels moments, mais les universités d'été, c'est encore autre chose. C'est ce qui nous permet souvent de capter ce qui va se passer dans les semaines qui suivent, de capturer les images qui plus tard, avec d'autres, composeront le puzzle d'une histoire politique particulière. Les larmes de Jospin l'an dernier à La Rochelle. 4 ans et 4 mois après son retrait, l'ex premier ministre s'explique dans un sanglot sur ce qui a été vécu par de nombreux socialistes comme un abandon. Simple instant d'émotion ? Non, ces larmes là annoncent en fait son retour dans le jeu politique. Sans elles, quelques semaines plus tard, il n'aurait pu tenter d'être candidat à la candidature. La Baule 2005. Dominique de Villepin sortant de l'eau tel une Vénus boticellienne sous l'oeil rageur de Nicolas Sarkozy. Il faut y lire de la même façon, la lutte haineuse et sans merci que les deux hommes vont se livrer. On ne sait rien encore de Clearstream, on sait tout déjà de leur rivalité incandescente. Parlons des discours. A Moliets en 2003, Nicolas Sarkozy fait applaudir le nom de Malek Boutih, déjà quand ses amis voudraient le conspuer. L'année suivante à Avoriaz, il explique qu'il faut aller chercher l'électorat de gauche pour conquérir la majorité. A La Baule en 2005, il prône la rupture. A Marseille, l'an dernier, il dessine la France d'après, celle d'après 68, celle du retour à l'autorité et l'identité nationale. La campagne présidentielle était écrite dans ce film à épisodes que sont les université d'été. En manquer une, c'est se priver d'un petit morceau de futur à comprendre.

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