Retour sur l’un des aspects du discours de Nicolas Sarkozy, lundi à Versailles. Cette semaine un peu agitée par le remaniement nous a empêchés d’aller au bout de l’analyse du discours de lundi. Il y a notamment cette phrase : « Pour atteindre l’égalité, il faut savoir donner plus à ceux qui ont moins. Il ne faut pas le faire sur des critères ethniques mais sur des critères sociaux ». Fin de citation. Cette phrase nous montre d’abord que le retour tant commenté au modèle social français dans le domaine économique, s’accompagne, de façon assez cohérente, d’un retour des valeurs républicaines classiques. Nous voilà donc aux limites de la fameuse rupture. La question politique de la campagne présidentielle était de savoir s’il fallait consolider le modèle français (social et républicain) pour renforcer ses caractéristiques : solidarité et universalisme ou, s’il fallait, comme le préconisait le candidat Sarkozy, opérer une certaine rupture, non pas, bien sûr, avec le modèle lui-même, mais avec ses dérives. Le fait que ce modèle ne soit plus efficace, est-ce parce qu’il n’est pas assez respecté ou est-ce parce qu’il faut le faire évoluer, rompre avec une certaine forme de solidarité coûteuse, facteur d’assistanat paralysant, rompre notamment avec une certaine forme d’universalisme uniformisant qui entrainait, de fait, une discrimination ? Ces questions et les réponses données pendant la campagne et au début du quinquennat ont été battues en brèche, soit par la crise (dans le domaine économique et social) soit par la force intrinsèque des principes fondateurs de la République pour ce qui est de la fameuse discrimination positive et aussi pour la notion de laïcité positive, explicitement abandonnée lundi. Nicolas Sarkozy avait abandonné le terme « discrimination positive » pendant la campagne mais il tenait encore aux statistiques ethniques pour mesurer la discrimination. Et son souci partait d’une constatation imparable : la diversité ne se traduit pas en haut de l’échelle sociale. Dans notre tradition, les races n’existent pas mais dans la réalité, le racisme existe et l’égalité des chances n’est plus qu’une idée. La discrimination positive pouvait donc, logiquement, apparaître comme une solution, au moins à essayer. Seulement sa mise en place implique de manier des concepts qui sont en contradiction avec les principes de base de notre consensus. La discrimination positive peut se concevoir dans une société organisée en communautés associées. Mais la France est basée sur une solidarité entre individus et non entre différents groupes. Il s’agit donc d’individualisme. L’individualisme positif défini par les lumières. Rousseau écrivait « nul ne peut écrire sa vie que lui-même, sa véritable vie n’est connue que de lui. » L’individualisme et le refus du communautarisme on le trouve aussi chez Benjamin Constant : « chacun est libre individuellement, mais dès qu’il entre dans un ensemble, il cesse d’être libre » écrivait-il. Si l’on pense que les Lumières sont la source d’inspiration de notre organisation sociale et, bien sûr Nicolas Sarkozy le pense et le dit, alors il est tout naturel d’abandonner l'idée de la mise en place de statistiques ethniques telle qu’elle était évoquée de façon incroyablement légère il y a quelques semaines encore. Yazid Sabeg, avec de bonnes intentions, avait été chargé de réfléchir aux moyens de mesurer la diversité ethnique. Il a réfléchi et ses conclusions sont intéressantes mais totalement intraduisibles dans une loi. Etablir des statistiques ethniques, c’est reconnaître les races et donc renier les lumières. Conclusion : c’est par des critères sociaux, comme en a finalement convenu le président, que l’on œuvre le mieux pour la diversité. La mixité sociale entraîne mécaniquement la diversité. Pour cela, il y a des tas d’instruments. Ils existent déjà, ils ne sont pas utilisés par manque de courage politique : je n’en citerais qu’un, la loi SRU, qui impose 20% de logements sociaux dans toutes les communes. Petit rappel régulier et gentiment persiffleur… Neuilly : 2,8% de logements sociaux !

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