Ce matin, vous évoquez une habitude parlementaire très française : le « tout ou rien » !

Oui pour éviter de donner les vraies raisons de son opposition à un texte, il est souvent pratique de dire : « ce texte ne va pas assez loin, c’est de la poudre aux yeux ; je vote contre ! ». C’est ce que nous a dit hier Bruno Le Maire, ici-même à propos du texte sur la transparence adoptée dans la soirée et contre lequel il a voté. Pourtant il venait de faire un vibrant dégagement sur l’impérieux besoin de transparence ! Certes, Bruno Le Maire faisait des propositions qui ne se retrouvaient pas exactement retranscrites dans le projet mais ce que proposait la majorité constituait déjà un pas dans la direction qu’il souhaitait, comme la déclaration de patrimoine, le renforcement des pouvoirs d’enquête de la commission de contrôle, la publication de la déclaration d’intérêts. Ne pas voter pour, quand on tient un discours réformateur comme celui de Bruno Le Maire a quelque chose d’hypocrite. C’est décevant surtout venant d’un homme qui, bien souvent fait preuve d’un discernement éloigné du sectarisme ambiant dans les rapports habituels entre opposition et majorité. Cinq UMP seulement dont Laurent Wauquiez ont voté pour le texte. Nous sommes au cœur de ce qui ronge la vie parlementaire française : l’incapacité d’aller vers le compromis. Mais les socialistes subissent ce qu’ils avaient fait subir à la précédente majorité sur un texte autrement plus important concernant l’organisation de la vie politique : la réforme constitutionnelle proposée par Nicolas Sarkozy à l’été 2008. Une réforme qui n’allait pas aussi loin que ce que voulait la gauche (et que ce qu’avait annoncé Nicolas Sarkozy) mais une réforme qui allait tout de même dans le sens souhaité de longue date par le PS.

Les socialistes s’y étaient opposés, toujours avec l’argument du « tout ou rien » !

Oui, pourtant aucun d’ente eux n’aurait l’idée, aujourd’hui de revenir sur ce qui était, malgré tout, des avancées (limitation à deux, des mandats du Président, plus de pouvoir pour les commissions parlementaires dans la fabrication des lois). Pire, il s’en est fallu d’une voix au Congrès à Versailles (celle de Jack Lang) pour que les socialistes fassent tout capoter. Cette façon de faire permet de se donner des airs de puristes et aboutit surtout à ralentir les réformes de démocratisation de la vie politique. C’est à cause de cette mentalité, par exemple, qu’il aura fallu attendre 1946 pour que les femmes aient le droit de vote. Depuis 1919, pourtant, plusieurs propositions avaient été repoussées. La gauche modérée avait proposé que les femmes puissent voter aux municipales. Uniquement aux municipales dans un premier temps. Les députés de droite étaient contre par conservatisme mais la gauche la plus radicale s’y opposait aussi en se drapant dans une attitude de vertu « non au droit de vote limité, oui au droit de vote intégral et tout de suite » clamait-elle, outragée. Tout le monde savait pourtant que le droit de vote intégral n’avait, avant-guerre, aucune chance de passer au Sénat. En réalité la gauche de la gauche de l’époque masquait, sous son « tout ou rien » puriste, la peur de voir les femmes voter pour le parti catholique. Refuser une avancée sous prétexte que ce n’est qu’une avancée partielle est bien souvent un calcul de faux cul ! Cette exemple montre à quel point il est éclairant de lire l’actualité à l’aune de l’histoire politique. C’est ce j’ai appris il y a bien longtemps en écoutant les éditos d’Alain Duhamel que je salue ce matin, confraternellement.

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