Comme quoi la dédiabolisation voyage mal. Il faut, pour constituer un groupe à Strasbourg, réunir au moins 25 députés…mais de 7 pays différents.

Le FN est arrivé en force au parlement européen avec 24 députés auréolés de leur statut de vainqueurs dans leur pays. On aurait pu croire que ce FN puissant et new-look réussirait à devenir un pôle d’attraction pour les parlementaires les plus conservateurs et les eurosceptiques de droite des 27 autres pays. Il lui suffisait de s’accorder avec quelques groupes ou simplement de débaucher quelques individualités.

Marine le Pen n’a pas su le faire. Certain la trouvaient trop sulfureuse et les dernières sorties de Jean-Marie Le Pen auront achevé de les convaincre. D’autres étaient déclarés trop sulfureux pour le FN, comme ce polonais ultra libéral, monarchiste et qui a inventé une forme originale et particulièrement débile du négationnisme, selon lui, Hitler s’est fait berné, il n’était pas au courant pour les chambres à gaz !

Marine Le Pen considérait que ce polonais, était infréquentable mais Jean-Marie le Pen , lui le trouvait tout à fait à son gout et ne voyait aucun inconvénient à l’idée de trouver un accord un acolyte un peu plus extrémiste et iconoclaste que lui…Du coup le PVV du néerlandais pyroxidé Gitt Wilders a prévenu qu’il ne ferait pas parti d’un groupe risquant de comporter un tel personnage.

D’où vient cette incapacité du FN à fédérer autour de lui ?

A Strasbourg, pour Marine Le Pen, il s’est agi d’un mélange d’amateurisme et de prétention. Il faut dire aussi que l’extrême droite est un monde de grandes gueules individualistes, plus portées sur la bagarre et l’anathème que sur la recherche patiente du compromis. Et puis, être nationalistes dans une assemblée transnationale c’est un peu comme être végétarien dans un syndicat des bouchers…Quand, en bon nationaliste on estime que sa principale qualité c’est d’être ce qu’on est plutôt que de penser ce qu’on pense… ça ne prédispose pas forcément à l’entente avec des étrangers !

Mais finalement, ce que vit Marine le Pen à Strasbourg, elle le vit aussi en France. En France le FN est seul parce qu’il est contre tout le monde. Etre contre tous les autres dans une société ou règne la défiance est une force. Mais c’est aussi le plafond de verre du parti d’extrême droite. En France le FN revendique sa solitude, en Europe il la subit. Des mouvements qui –chez nous- sont proches du FN d’un point de vue programmatique, comme, par exemple Debout la République de Nicolas Dupont Aignan, se considèrent très élongé de l’extrême droite du point de vue idéologique… Et c’est cette dichotomie entre une idéologie de plus en plus vaporeuse et un programme qui emprunte désormais autant à l’extrême droite qu’à la gauche de la gauche (avec par exemple la posture bienveillante à l’égard de la grève SNCF) dé-diabolise le FN, certes, mais rend sa fréquentation particulièrement inconfortable et peu sure.

Comment s’allier avec un parti qui peut dire tout et son contraire et qui est toujours à la merci d’une saillie verbale scandaleuse de Jean-Marie Le Pen ? Le FN reste donc infréquentable. A Strasbourg comme à Paris. C’est ce qui en fait un parti ancré dans protestation. Toujours, incapable de s’entendre avec quiconque donc incapable d’exercer le pouvoir dans un cadre démocratique.

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