Oui, nous voilà en présence d’un conflit typique du corporatisme de certaines professions et de la pusillanimité des pouvoirs publics, de notre incapacité à réformer en temps et en heure (et réformer ne veut pas forcément dire libéraliser). D’un côté donc les taxis parisiens, on l’a déjà beaucoup dit… chers, rares, souvent désagréables… en fait, ils sont constamment sur les nerfs. Pas assez nombreux là où on a vraiment besoin d’eux et trop nombreux là où ils pourraient se faire de l’argent, c'est-à-dire dans les aéroports. Le taxi est devenu un transport de riches ou alors de cadres qui peuvent se le faire rembourser. Aucune famille de la classe moyenne allant prendre un train ou un avion ne prendra le risque d’appeler un taxi. Elle aurait toute les chances de ne pas en trouver. Ou, si elle en réserve un, de le voir arriver avec 15 euros au compteur et de se faire engueuler parce qu’il y a une valise par personne. Face à eux, Uber, un système qui joue abusivement sur la belle idée de l’économie du partage. Uber-pop est à Blablacar (en terme de covoiturage) ce que Jérôme Cahuzac est à Jean Jaurès (en terme de socialisme)… un dévoiement, un détournement. Uber-pop peut apparaître comme la solution uniquement par contraste avec le cauchemar que représentent les taxis parisiens… Mais, en réalité, c’est un service payant qui utilise la précarité ambiante et contourne tout ce sur quoi repose notre système de solidarité.

On en est donc là parce que personne n’a jamais osé imposer une réforme aux taxis…

Oui, les taxis font peur. Ils ont une capacité de blocage de Paris qui leur fournit une toute puissance. Dans notre système centralisé, Paris bloqué et le pouvoir politique pense que c’est la France qui s’arrête ! Le rapport Armand-Rueff sur la question des taxis pointait déjà la nocivité du système de licence tel qu’il était organisé. C’était en 1961 ! Depuis, chaque rapport - plus global- sur les verrous qui claquemurent la France commence par l’exemple des taxis. Aucun président n’a osé s’y attaquer. F.Mitterrand, parce que le grand patron de la G7 était l’un de ses amis personnel. J.Chirac, parce que, comme maire de Paris, il s’était largement appuyé, pendant des années, sur ces milliers de relais d’opinion ambulants. Il n’était pas question, une fois président, de les brusquer. Seul N.Sarkozy avait affirmé, menton haut, lors de la remise du rapport Attali (qui faisait de la réforme des taxis un test sur la capacité réformatrice de la France) qu’il allait commencer par là et que ça n’allait pas traîner. Il prenait même souvent l’exemple de New York, de ces taxis nombreux, pas trop chers et sympathiques. Résultat…rien. Pourtant, aujourd’hui, sur les estrades, l’ancien président se vante de n’avoir jamais reculé devant la rue quand il était à l’Elysée ! Eh bien il n’a pas tort…puisqu’il reculait avant que la rue ne bouge. Les taxis ont hurlé dès la remise du rapport Attali et N.Sarkozy n’en a plus jamais reparlé. L’actuelle majorité n’est pas plus entreprenante. Maintenant on en est là ! Deux modèles caricaturaux se font face, et donnent (on l’a vu hier) de la France une image elle-même caricaturale.

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