Vous revenez sur une phrase prononcée en fin de semaine dernière par Gérard Collomb, le ministre de l’Intérieur lors de sa visite à Calais.

Oui une phrase qui, s’il elle avait été prononcée par, disons un ministre de l’Intérieur de l’ère Sarkozy, ou dans un contexte d’actualité moins chargée d’état de grâce, aurait provoqué un tollé sévèrement accusateur ! Gérard Collomb, s’adressant aux humanitaires présents à Calais, leur a demandé, je cite, d’aller « déployer leur savoir-faire ailleurs »… Toujours cette théorie absurde et démentie par toutes les études sur le sujet, selon laquelle traiter avec un minimum d’humanité les migrants constituerait un appel d’air ! Par sa réflexion dédaigneuse envers des bénévoles qui, en réalité, pallient, à leur façon, les carences de l’Etat, incapable de traiter la question calaisienne (on parle de 5 à 600 migrants), le ministre de l’Intérieur s’exprime comme ceux (ou plutôt celle) contre qui Emmanuel Macron a gagné la présidentielle. Et l’on se dit que le renouvellement n’est, en fait, pas tout à fait achevé et que si Gérard Collomb était (ce qui ne sera pas le cas à court terme) le prochain sur la liste, la promesse du renouvellement, et des visages et surtout des usages serait alors vraiment tenue. Les associations humanitaires n’ont pas toujours raison parce qu’elles sont humanitaires et la police n’a pas toujours tort parce qu’elle est la police, il n’y a bien sûr pas le camp du bien et du mal, mais il faut quand même mettre en regard ce que vivent, ce qu’ont vécu les quelques centaines de migrants qui se trouvent à Calais, presqu’au bout de leur périple, et ce que subit la France, 5ème puissance du monde, comme pression de quelques dizaines de milliers de migrants, pour comprendre de quel côté se trouve le malheur, la souffrance et le drame. Les violences policières n’en sont que plus insupportables, elles ont été constatées et documentées par la presse et les associations et pas simplement les plus militantes. Au-delà de ces considérations qui pourraient passer pour bien pensantes, il faut souligner la contradiction politique entre les propos du Président et ceux de son ministre de l’Intérieur.

Oui, Emmanuel Macron a dit, s’agissant de la situation à Calais, qu’il faut ‘agir avec d’humanité’.

Ces propos du président Macron sont raccord avec ceux du candidat Macron… avec, par exemple, ce qu’il a pu dire de la politique d’Angela Merkel sur ce sujet. La contradiction entre Macron et Colomb ne peut décemment pas être une variante du fameux « Et en même temps » macronien. Il faut que le président fixe clairement la ligne, et de préférence, ce serait logique et démocratique, que ce soit la ligne sur laquelle il a été élu ! Dans la proposition macronienne (qu’on l’approuve ou non), il y avait quelque chose d’assez audacieux et politiquement risqué : se montrer libéral. Libéral sur les sujets économiques… la loi travail qui se prépare nous confirme que la promesse sera tenue. Libéral sur les sujets de société et sur le sujet des migrants. Là, les 1erssignes (la question des migrants ou de l’état d’urgence en partie intégrée au droit commun) sont en contradiction flagrante avec la promesse présidentielle, à peine plus d’un mois après l’élection.

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