Le président est à Rome où il recevra son titre de chanoine de Latran.

Pompidou, Mitterrand et Hollande sont les présidents qui n’ont pas cru devoir sacrifier à ce rite désuet qui veut que le chef de l’Etat, depuis Henri IV, soit accueilli à Rome comme premier et unique Chanoine honoraire de l'église de Saint-Jean de Latran.

C’est Nicolas Sarkozy qui avait fait de cette bizarrerie un événement en y prononçant un discours rompant avec la neutralité traditionnelle des présidents français. Par ce qu’il appelait la "laïcité positive", Sarkozy établissait une hiérarchie en faveur de la foi par rapport à la raison des Lumières, et, avec des accents France-fille-aînée-de-l’église, avait considéré que le curé et le pasteur étaient supérieurs à l’instituteur pour la transmission des valeurs, que la France avait besoin de plus d’hommes et femmes qui croient.

Ce discours, inspiré par Patrick Buisson, avait choqué jusqu’à de nombreux catholiques, eux-mêmes, qui sont très attachés à l’équilibre de la laïcité à la Française. Par une sorte d’inconséquence conceptuelle, Nicolas Sarkozy a vite abandonné l’idée de la laïcité dite positive pour une laïcité de combat et de circonstance, tournée contre l’islamisme.

Emmanuel Macron, lui, ne prononcera aucun discours à Rome. On observera tout de même de près son attitude, ses gestes. On scrutera sa façon, simplement, d’être là par respect et tradition ou en fidèle et croyant. Les tenants d’une neutralité stricte sont déjà choqués que le président soit à la cérémonie à Saint-Jean de Latran. Ceux qui, en revanche, voudraient que soient plus affirmées les racines chrétiennes de la France, attendront en vain les mots doux en ce sens.

Emmanuel Macron a déjà parlé aux catholiques le 9 avril au collège des Bernardins !

Oui, Emmanuel Macron, dont on attend toujours le grand discours sur la laïcité, s’y était exprimé sur la place des catholiques en France. Un propos plus subtil que le jugement porté sur lui à ce moment-là, fait de compréhension et de message ferme. Il a reconnu que l’engagement des catholiques dans la société venait de leur foi. Il en a salué l’utilité à partir du moment où cet engagement est au service de l’universel et non pas d’une communauté.

Mais il leur a demandé aussi, et cela a été moins retenu, d’être, pendant nos débats de société, dans l’interrogation plus que dans l’injonction. Aujourd’hui, à Rome, et alors que le pape pourrait lui faire quelques remarques douces amères sur sa politique vis-à-vis des migrants, il s’agira sans doute pour Emmanuel Macron de mettre à profit ces images vaticanes par lesquelles le pouvoir et le sacré se mêlent, sous le décorum de Saint-Pierre, entouré de gardes suisses et palatins, afin de polir, comme il aime le faire, sa statue de souverain, de faire reluire sa capacité d’incarnation !

Mais à part ces quelques minutes de gravité et quelques pages glacées et valorisantes (n’en doutons pas) pour le Paris Match des plages de juillet, Chanoine de Latran, ça ne sert à rien ! Ça ne donne qu’un droit : celui de faire son entrée à cheval dans la basilique ! Et malheureusement pour Paris Match, il n’en usera même pas !

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