Report du brevet, communication de crise… le gouvernement en fait-il trop sur la canicule ?

L’analyse  en vogue serait de dire que l’exécutif ouvre son parapluie pour ce  temps sans pluie, de peur de subir les foudres qui s’étaient  abattues sur les gouvernants de 2003 après la canicule. Mais le  parapluie ne sert à rien contre la foudre, au contraire. Soyons honnête,  on pourrait nous retourner la critique. En éternel contrepoids des  culbutos gouvernementaux,  on a tendance à critiquer  l’action autant que l’absence d’action, là où personne ne sait  prédéterminer le bon équilibre. Repousser le brevet de deux jours, si ça  peut éviter des malaises et souligner la vétusté de certains collèges,  la décision du gouvernement est difficilement critiquable.  On peut, rire du côté ‘Etat-nounou’ quand un ministre conseille de  tomber la cravate, mais cet épisode météo nous fait réfléchir à la vie  de nos sociétés réchauffées. Il y a deux sujets d’inégale importance :  l’un météorologique, facile à envisager, l’autre  climatique, plus lourd de conséquences.

Météorologique et climatique ?

Oui,  la question météorologique consiste à nous adapter, individuellement,  collectivement aux canicules, feux de forêts, sècheresses  et inondations plus fréquentes. Ça suppose des évolutions dans la  gestion de ces crises qui bouleverseront nos vies. Mais après tout, cet  aspect-là, perturbant, certes, n’est qu’une question de logistique, de  mise en ordre de règles sanitaires, d’urbanisme,  de transport, d’assurance. La France, pays aux services publics  performants, peut s’adapter à la météo. C’est tout autre chose que de  faire face au climat. Le changement climatique, somme des conséquences  météorologiques, impose, lui, des politiques structurantes  qui ne sont pas des adaptations techniques ou juridiques, mais bien des  choix de société. Là, il ne s’agit plus de s’adapter à un phénomène  mais de lutter contre ! Ce qui implique de redéfinir nos attentes  individuelles et collectives : comment et quoi produire  et consommer ! Redéfinir ce que doivent être l’avoir et l’être pour une  vie réussie, rien que ça ! C’est pour cela que vont naitre des  écologies de droite et de gauche. C’est une autre paire de manche que de  s’adapter, ponctuellement à un aléa météorologique !  Il faut faire les deux mais là où votre question, Nicolas, ‘le gouvernement en fait-il trop sur la canicule ?’,  prend son sens, c’est sur les raisons profondes de sa mobilisation : ce  peut être simplement le résultat d’une analyse ponctuelle. Ce peut  être le parapluie politique. Ce peut être aussi la manifestation  angoissée d’un sentiment d’impuissance plus global. L’activisme du  gouvernement contre les aléas météorologiques n’est décidément pas  l’étalon de son activisme contre le dérèglement climatique.  On surinvestirait la parade aux accidents météos de ne pas savoir  comment appréhender la catastrophe climatique. En témoigne ce paradoxe :  les difficultés, en ce moment, des députés EM dans la discussion de la  loi énergie, face au gouvernement, pour simplement  appliquer une promesse du candidat Macron de mettre en œuvre des  mesures audacieuses en faveur de la rénovation thermique des bâtiments.  La météo demande une adaptation, le climat demande le fameux changement  de paradigme. Mais ce débat sur la rénovation des  bâtiments nous prouve que l’on peine encore sur la première étape :  l’adaptation.

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