Quelle serait l'adresse idéale… pas le lieu, non, l’adresse que l’on écrit sur nos documents, ces noms célèbres qui nous accompagnent partout, nous raccrochent à un personnage, une époque lointaine, nous définissent un peu, administrativement, géographiquement.

Déjà je n’aimerais pas habiter rue Marcel Deat, Jacques Doriot ou Philippe Pétain… Mais cela ne risque pas puisqu’aucune municipalité n’a baptisé une rue de ces noms bannis.

Je n’aimerais pas non plus habiter une rue Bugeaud, ce général qui ordonnait des tueries d’algériens (parce qu’algériens et musulmans) précurseurs de l’épuration ethnique. Il y a des rues Bugeaud… Il y a même une avenue Bugeaud dans le 16ème arrondissement de Paris. Bugeaud, quand j’étais petit, c’était seulement une drôle de chanson, vous vous souvenez, "La casquette, la casquette…"du père Bugeaud !" Un général distrait au point de perdre sa casquette et que l’on appelait ‘père Bugeaud’ ne pouvait pas être vraiment mauvais… Eh bien si, c’était un criminel de masse ! 

Et juger aujourd’hui de ce qu’il a fait en son temps n’a rien d’anachronique, bien des voix s’étaient élevées à l’époque pour le dénoncer, Victor Hugo par exemple ! Je n’aimerais pas non plus habiter une rue Adolphe Thiers, le massacreur de la Commune. Il y en a des rues Adolphe Thiers, à Marseille, à Toulouse…

Vous voudriez habiter dans une rue qui porte le nom d’un de vos héros personnels en somme ?

Pas forcément… Ils ne sont pas assez originaux, les personnages de l’histoire ou du monde des arts, mes héros personnels… On ne peut pas tous habiter avenue Jean Moulin, place Georges Brassens, rue Jean Zay ou allée Jean-Michel Aguire (l’arrière du XV de France du grand schlem de 77) 

Nos villes doivent-elles être pavées de consensus ?

Je ne voudrais pas habiter rue Lénine (il y en a), ça me déplairait au plus haut point de loger avenue Maurras… et il faudrait vraiment que l’appartement de la rue Maurice Barrès soit une affaire en or et baignée de soleil pour que j’y consente. C’est compliqué parce que je préfèrerais, à choisir, habiter rue Clemenceau parlementaire plutôt que Clémenceau ministre… 

On pourrait peut-être décréter que dans les nombreuses rue Clémenceau de France, les numéros pairs, c’est le parlementaire humaniste anticolonialiste et les numéros impairs ce serait le Clémenceau ministre de l’Intérieur autoritaire. La fête des voisins serait animée, rue Clémenceau ! En réalité pour être vraiment sûr d’habiter à la bonne adresse, celle qui correspond à ce que je pense vraiment, en tous points, il faudrait que je m’installe rue (que dis-je) avenue Thomas Legrand. 

Mais alors, à ce compte-là, il n’y aurait qu’un numéro dans ma rue, une petite sente ! 

Il n’y a que Victor Hugo qui a eu le privilège d’habiter avenue Victor Hugo… et même d’y mourir. 

Finalement, ça va… J’habite rue du 14 juillet !

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