Palme de l'endurance du jeu sur les mots, de la querelle de verbe la plus longue (5 jours déjà!), nous déclarons ex aequo: Bertrand Delanoe et Ségolène Royal! leur interprétation est à tous les deux magistrale! "Je suis libéral ET socialiste" a lancé l'audacieux Bertrand Delanoe en guise d'audace dans son livre "De l'audace". "C'est incompatible" a immédiatement rétorqué Ségolène Royal, duelliste et duettiste, qui tout à coup a redécouvert Jaurès, et l'a brandi tel un crucifix appelé à conjurer le diable. Voilà, c'était parti pour la querelle sémantique, un peu datée convenons en, sur le sens du mot "libéral". Faut il l'entendre au sens hérité des Lumières ou faut il l'étendre au sens économique du terme? Les deux mon capitaine. Le maire de Paris a pourtant largement préféré insister sur l'acception politique et sociétale, plutôt que sur son acception économique qui vire vite au libéralisme. On peut vouloir lever un tabou sans pour autant avoir envie de se prendre tous les coups. Drôle de parti socialiste décidément, qui adopte il y a quelques semaines une déclaration de principes dans laquelle pour la première fois toute allusion à un "autre système" est bannie, en un mot comme en 100, finie la révolution, on accepte l'économie de marché et on tente d'en dépasser les contradictions, mais qui dans le même temps, est incapable de dire "libéral" sans avoir l'impression de se salir la bouche. Certains socialistes certes ne se reconnaissent pas dans cette identité dite moderne moderne,et retrouvent très vite leur accent marxiste à peine le mot " libéral" est il prononcé, mais en l'espèce, la querelle est d'autant plus vaine, qu'elle intervient entre deux dirigeants socialistes idéologiquement très proches, qu'est ce qui différencie un social démocrate d'une social démocrate? bref, entre bertrand delanoe et ségolène royal, "libéral", est tactique plus qu'idéologique, d'où cette impression de querelle un peu oiseuse qui a pour seul but de "droitiser" l'adversaire. Franchement? oiseux et vain, du déjà vu et du très convenu! "Intéressement" "participation". Ah, Nicolas Sarkozy non plus ne fait pas dans le neuf. Il reprend à son compte, une vieille lune gaullienne qui promettait à l'époque, fin des années 50 et 60, de réconcilier capital et travail. En annoncant aujourd'hui une extension des mesures d'intéressement des salariés aux bénéfices des entreprises, le président honore une promesse de campagne; il active surtout un des rares leviers à sa disposition pour jouer sur le pouvoir d'achat sans grever les comptes de l'Etat. Alors les syndicats sans doute vont regarder avec méfiance ces nouveaux mécanismes de rémunération aléatoire toujours un peu dangeureux s'il s'agit d'exonérer les entreprises d'avoir une vraie politique salariale, la gauche pourra elle aussi être circonspecte et s'inquiéter du manque à gagner pour les comptes sociaux de telles mesures. Mais au moins sera t on dans le coeur du débat: comment l'Etat peut il intervenir dans la marche des entreprises pour le bien collectif des travailleurs? Pourquoi ce parallèle entre nicolas sarkozy et son intéressement et les socialistes qui s'interrogent sur leur adn libéral? Peut être parce qu'il rappelle vaguement ce qui se passe actuellement aux états unis; pendant que les démocrates s'épuisent dans des primaires qui n'en finissent pas, leur concurrent Mac Cain est déjà de plain pied dans sa campagne. Chez nous, le calendrier évidemment n'est pas le même. L'un est au pouvoir pour 4 ans, les autres encore dans l'opposition au moins pour le même temps, mais les socialistes feraient bien, dès à présent, d'éviter les fausses querelles en interne pour se lancer dans les vrais débats, s'ils ne veulent pas que nicolas sarkozy continue de leur imposer son tempo idéologique.

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