C’est parti pour un peu d’arithmétique politique ! Les sondages se multiplient et nous allons vérifier qu’en politique, l’objectivité et la rigueur des chiffres n’est que théorique. Donc, examinons ces sondages et surtout ce que l’on nous en dit. D’abord avec 26 et 28%, "hourra", triomphe : l’UMP, est en tête, elle a gagné. On lit et entend ça partout. En réalité, même avec 30%, l’UMP, qui regroupe à elle seule toute la majorité présidentielle, est à la fois forte pour un parti mais très faible pour une majorité. Si ce score était celui du premier tour des régionales, l’UMP aurait beaucoup de soucis à se faire. Pas de quoi pavoiser donc ! Le PS est donné entre 20 et 24%. Là, rien à dire c’est mauvais et tout le monde est d’accord. Le Modem a 13%. Bof, François Bayrou avait fait 19% à la présidentielle. Pareil pour le 8 ou 9% promis aux écologistes autour de Daniel Cohn-Bendit. C’est assez moyen, vu l’état du PS. 6% pour le Front de gauche ! Alors là, Jean-Luc Mélenchon a eu droit à une Une de "Libération" avec ce titre flatteur : "La percée Mélenchon". Rappelons que le Front de gauche, c’est le PC (on estime généralement qu’il est autour de 4%) plus Mélenchon, égal 6% ! Faut-il qu’il ne se passe rien dans cette campagne pour y voir un événement ? Le NPA d’Olivier Besancenot à 5%, c’est moins que ce qui était prévu. 5 ou 6% de Nious-de Villiers, c’est l’étiage le plus bas possible pour l’alliance des souverainistes. Enfin, un FN à 6 ou 7%, la chute est enrayée mais la mer est bien basse. C’est mauvais pour tout le monde mais le total fait quand même 100%. Reprenons. 28% pour l’UMP, c’est la position de tête, à 5 points au-dessus du second ! Et à peine moins que Nicolas Sarkozy au premier tour. Jolie performance. Le PS entre 20 et 25%. Après tous ses traumatismes, le quasi schisme Royaliste qui a suivi le désastreux congrès ! Faire plus de 20% avec toute cette concurrence à gauche ! Ce n’était pas donné. Le Modem à 13%, c’est le troisième parti de France incontournable et tout ça autour d’un seul homme, François Bayrou. Les verts ont réussi à allier Cohn-Bendit et Bové, le oui et le non, le libéral de gauche et l’alter mondialisme. La famille est réunie autour d’un score qui permet d’avoir quelques élus. 6% pour Mélenchon. Pour un coup d’essai, le seul vrai tribun de talent de cette campagne, celui qui aura mis du contenu dans le terme d’Europe sociale, aura complètement vampirisé le PC. Il existe et sera présent à la prochaine présidentielle. Le FN à 6 ou 7%, la chute est enrayée, la perspective est bonne. Bon, sérieusement, tous ces chiffres sont assez moyens. Si, au soir du scrutin, nous avons effectivement ce type de résultats, alors il y aura un risque d’interprétation en trompe l’œil. On pourra dire que la majorité est largement minoritaire mais bien unie, que l’opposition est très large mais impuissante parce que morcelée. De toute façon, les « mathématiques n’effaceront jamais aucun préjugé » disait un grand philosophe allemand ! Quant aux commentateurs, ils prendront un peu dans le verre à moitié plein et un peu dans le verre à moitié vide parce qu’effectivement, tout le monde ne peut pas être gagnant ou perdant. Du côté des candidats, à moins d’une grosse claque ou d’une victoire éclatante qu’aucun institut de sondage ne s’aventurera à pronostiquer, il y aura des arguments réversibles comme une veste de ministre d’ouverture pour tout le monde. Mais je crois qu’aucun argument n’égalera celui de Georges Marchais à la fin des années 80. Il commentait une N-ième défaite du PC mais constatait que la chute était moindre qu’au scrutin précédent. Il avait dit : « c’est positif parce que la baisse se tasse ». Et là, le commentateur professionnel dit : respect !

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.