L’affaire DSK n’entame pas la bonne forme des socialistes auprès de l’opinion.Oui, pour l’instant du moins. Quatre sondages en une semaine l’affirment. Ce remplacement de DSK, quasiment au même niveau par François Hollande, et pas très loin derrière, par Martine Aubry montre, finalement, que le succès que connaissait le patron du FMI dans les sondages n’était pas tant dû à sa stature internationale, son rang de chef d’Etat et à ses compétences économiques reconnues, mais bien à son positionnement politique. François Hollande en particulier se trouve, sur l’échelle gauche-droite, à peu près (en terme d’image du moins) au même endroit que Dominique Strauss-Kahn. Comme si l’opinion estimant qu’on n’allait pas éviter une forme de rigueur, se tournait plus volontiers vers ceux qui ne le nient pas et promettent simplement de mieux répartir l’effort à venir. Ce point d’encrage au centre gauche semble (pour ceux qui veulent l’alternance) être le point stratégique du moment. Ce qui est frappant c’est que le contexte combiné de la crise et de l’affaire DSK ne profite pas aux partis protestataires ! La gauche de la gauche n’est pas en forme. Les deux partis trotskistes (LO et le NPA) sont au plus bas et Jean-Luc Mélenchon peine à grignoter des points à ces anciens camarades socialistes ou à raviver l’électorat communiste. C’est en réalité une règle assez classique. Les périodes de crises et d’incertitudes, dans nos société démocratiques et globalement prospères, se traduisent, à droite, par une monté des populismes mais à gauche par une baisse des partis révolutionnaires. L’idée dominante n’est pas de changer de modèle, ni de faire la révolution mais plutôt de conserver le modèle et de lui redonner ses vertus sociales. On ne peut, finalement et paradoxalement, envisager la révolution que quand on est relativement bien installé dans sa position, modeste certes, mais sûre. Aujourd’hui, la fragilité sociale et la crainte du lendemain ne favorisent pas la surenchère à gauche. Pour être utopique, il faut être sûr de son avenir. En mai 68, les manifestants et les grévistes n’avaient aucune angoisse du chômage. Dans cette série de sondages, Nicolas Sarkozy remonte un petit peu mais reste largement impopulaire.Tous les dirigeants d’Europe le sont. Mais en plus, Nicolas Sarkozy est plombé dans l’opinion par un style de gouvernance, qui, comme le dit Patrick Devedjian, n’est pas compris par les Français. Il tente d’y remédier en raréfiant sa parole et en peaufinant son image de « grand de ce monde ». Il compte sur l’effet G8, au milieu de ses homologues et sans DSK… mais le problème de fond, la question politique reste la même. La bonne cote des socialistes montre que les Français tiennent à leur modèle social. Ils ont pu constater qu’il avait servi d’amortisseur de la crise. La majorité a pour mission de faire passer le message selon lequel c’est l’action du Président qui est à l’origine du « moindre mal » que vivent les Français par rapport aux Grecs, aux Espagnols ou aux Anglais par exemple. Cet argument, pour l’instant, visiblement, ne prend pas... Le « c’est pire ailleurs » ne marche jamais en politique, comme en éducation : essayez donc de faire finir son assiette à un enfant en lui disant que les petits Africains n’ont rien à manger !

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