Et donc, le tremblement de terre attendu est encore plus fort que prévu…

Oui, cette fois-ci, plus rien… plus aucun barrage idéologique, plus aucun tabou historique ne semble en mesure de contenir la montée du parti de Marine Le Pen. L’erreur serait de croire que ces barrières tombent parce que notre pays deviendrait raciste et xénophobe. Il devient peut-être plus nationaliste et crispé (et c’est vrai que la frontière entre le nationalisme et le racisme est toujours fragile) mais c’est à la faveur d’une « désidéologisation » spectaculaire du discours FN que celui-ci progresse et non pas à la faveur d’une idéologisation de l’électorat, notamment des plus jeunes. Le FN fait dans le social protestataire, dans le rejet du système inefficace et injuste. Florian Philippot que vous allez entendre à 7H50, a un discours de souverainiste social bon teint. Pas un mot de sécurité et d’immigration, encore moins de race ou de religion. Il faut une certaine culture politique pour savoir ce qui se cache derrière le FN. Ce qui s’y cache ne se cache pas forcément derrière ses électeurs puisque le FN arrive à mystifier par un discours qui emprunte partout et notamment beaucoup à gauche ! Cette auberge espagnole idéologique a une matrice dominante : le rejet du système, de l’Europe et de la mondialisation (avec son corollaire immigration). L’extrême droite d’avant c’était le racisme, réaction de haine et de peur face à une prétendue décadence et une invasion. Le FN d’aujourd’hui, sa vitrine très éclairée du moins, c’est l’expression de la crainte de notre dilution dans le monde et la dénonciation de l’impuissance des partis traditionnels à contrer cette dilution ! L’élection Européenne produit des résultats éruptifs, aux fortes et éphémères conséquences symboliques mais, dans l’esprit de ses électeurs, aux faibles conséquences pratiques. Envoyer des nationalistes dans une instance supra-nationale, c’est comme jeter du sable dans le moteur d’un véhicule, ce n’est pas en prendre le contrôle pour le réorienter.

Lors des Européennes, les scores sont souvent outrés par rapport aux élections nationales qui précèdent ou qui suivent.

Oui, d’où des surinterprétations… On se souvient des écologistes à 16%, (autant que les socialistes !) en 2009. On faisait déjà dans la sismologie de comptoir. On concluait à un « séisme à gauche ». Le PS et les verts étaient au même niveau, les cartes étaient rebattues, le PS n’y survivrait pas, disait-on. Trois ans après, les Français portaient un socialiste à l’Elysée et octroyaient généreusement 2% aux écologistes. On pourrait citer aussi la tête de liste RPR/UDF des Européennes de 1999, Nicolas Sarkozy. On parlait alors du crash du candidat de la droite avec ses 12% ! Jamais il ne pourrait s’en relever. On ne parlait pas encore de tsunami à l’époque, on ne connaissait pas encore le terme. Huit ans après il était Président. Il ne s’agit pas de relativiser le sens du résultat d’hier. Mais, tout comme la France ne s’est pas réveillée, ce matin plus raciste et xénophobe, elle ne se réveille pas non plus avec Marine Le Pen aux portes du pouvoir. Elle se réveille avec un message d’exaspération et de colère après des décennies de crise et le sentiment que les politiques, soit se dérobent, soit n’ont plus le pouvoir qu’ils prétendent avoir. La réponse à l’extrême droite, ce n’est donc pas des indignations républicaines, mais des résultats économiques et sociaux. Et c’est beaucoup plus compliqué !

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