Oui, hier, à propos des résultats des élections espagnoles et polonaises du weekend, B. Guetta soulignait que, décidément, la transformation du paysage politique européen ne ressemble « à rien de connu ». En France, on ne sent toujours pas la petite brise qui précède le vent nouveau. Pour l’instant, les vieux partis, les vieilles structures, et les vieilles habitudes résistent à tout. Les partis traditionnels, centralisés, sont contrôlés par une pléiade de notables indéracinables, qui ne vit que de la politique depuis des décennies. L’UMP, même transformé en « Les républicains », sera un parti dirigé par un ancien président mâle et quasi sexagénaire, en compétition interne avec deux anciens premiers ministres mâles et déjà sexa-ou septua-généaire. Tous trois en politique depuis plus de trente ans. En rêvant d’un grand parti de masse à 500.000 militants, tous au service du prochain présidentiable, Nicolas Sarkozy ne renouvelle pas la pratique politique. Pas plus que le PS qui fait un congrès d’appareil, d’élus locaux, et d’attachés parlementaires. Un congrès qui ne suscite que des échos politiciens dans les journaux.

Mais le renouvellement naît souvent en marge des grands partis traditionnels…

Oui, c’est le cas avec Syriza, Podemos, Ciudadanos, Ukip…même si ces mouvements peuvent être éphémères. Mais en France, même les marges n’ont pas d’air : Nous Citoyens à droite ou Nouvelle Donne à gauche ne décollent pas. Les écologistes se cognent aux vieilles structures de la gauche. La gauche de la gauche a du mal à se débarrasser de son ancienne peau. Le PC a bien tenté de se revitaliser en acceptant de co-fonder le Front de Gauche, seulement les contraintes d’appareil de l’ancien PCF ont brouillé sa stratégie : opposant frontal au PS au niveau national, mais associé obligé pour les élections locales. Les structures, les enveloppes politiques, changent parfois de nom mais corsettent et étouffent toujours les velléités refondatrices. Les partis ne semblent se soucier, en premier lieu, que de leur propre perpétuation. C’est le paradoxe de ces institutions, faites pour en finir avec ce que de Gaulle appelait le « régime des partis ». En fait, elles les protègent. La politique française, ainsi engoncée dans ces organisations partisanes, bâties comme des forteresses au service d’affrontements de blocs, empêchent non seulement le compromis, mais aussi la nouveauté d’éclore. Les partis que l’on ne cesse de critiquer mais qui résistent à tout, semblent conçus pour conserver plutôt que pour inventer ! Un peu comme si on présentait Johnny au concours de l’Eurovision (Remarquez, là on ferait peut-être mieux). Quand rien de nouveau ne peut naître, alors on est tenté de ressortir du vieux qui n’a pas servi depuis longtemps. Et c’est le FN, dans ce contexte, qui apparaît, avec ses solutions nationalistes, autoritaires, son républicanisme de repli, comme la nouveauté. Ce qui se passe en Espagne ou en Pologne, ne ressemble à « rien de connu » donc. En revanche, ce qui se profile en France, avec le FN, est bien connu.

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