Revoilà la "participation" ! Méfiance, moue dubitative.... La participation est à la promesse politique ce que la lotion anti-calvitie est à la promesse capillaire : toujours vantée, jamais réalisée !

Le président Charles de Gaulle donne une conférence de presse le 25 mars 1959, en présence des membres du gouvernement, dans la grande salle du palais de l'Elysée. On aperçoit le Premier ministre Michel Debré à gauche de la table.
Le président Charles de Gaulle donne une conférence de presse le 25 mars 1959, en présence des membres du gouvernement, dans la grande salle du palais de l'Elysée. On aperçoit le Premier ministre Michel Debré à gauche de la table. © AFP

Gérald Darmanin sait que le président est en panne de contenu pour se réinventer, alors il ressort la participation. Belle idée gaullienne. L’une des rares trouvailles idéologiques de ce pragmatisme qu’est le gaullisme, à vrai dire. Sa première trace date du discours d’Oxford, en 1941 ; je cite : "La lutte des classes ! Elle est partout… Car c’est bien la question sociale, toujours posée, jamais résolue, qui est à l’origine des grandes secousses"

Le général, élevé dans le catholicisme social, constate alors que les riches ne l’ont pas rejoint en 1940. Il ne les aime pas : "les possédants sont possédés par leurs possessions" disait-il. Il cherchait une troisième voie entre communisme inhumain et inhumanité capitaliste. 

La gauche, puissante dans la résistance, instaure avec de Gaulle le Comité d’Entreprise à la Libération, première pierre de la participation. Puis, pendant la traversée du désert (entre 1946 et 1958), de Gaulle peaufine le concept. Et ça va loin ! Il veut un modèle aussi attrayant que le communisme pour les ouvriers mais, liberté et propriété en plus. Le socialisme avec le Canard Enchainé, le capitalisme avec la sécurité sociale : un chemin français ! 

En 1948 à Saint-Étienne, il dit "les chefs, les cadres, les ouvriers, fixeraient ensemble, entre égaux, les conditions de leur travail, les rémunérations". Toujours en 1948, à Paris : "Nous, peuple français, nous voulons que les travailleurs deviennent des sociétaires, au lieu d’être des salariés."

Mais de retour au pouvoir en 1958, il oublie la participation

Il mettait toute son énergie à imposer une troisième voie diplomatique, oubliant l’intendance, la troisième voie économique et sociale. Parfois il menaçait ses barons conservateurs "attention je vais ressortir mes gaullistes de gauche !" Et puis rien. Il faut dire qu’en pleine Trente glorieuses, la France s’enrichissait et les gaullistes de gauche, comme les poissons volants, ne constituaient pas la majorité du genre. 

La gauche traditionnelle, de son côté se méfiait de la concurrence de cette tendance travailliste du camp d’en face. Mais un polytechnicien, Marcel Loichot, planchait toujours sur le sujet et théorisait ce qu’il appelait le ‘pancapitalisme’ qui prévoyait l’entrée massive des salariés au capital des entreprises. Après 68… il faut réagir, de Gaulle ressort l’idée, cette fois mieux élaborée. 

Seulement les droites patronale pompidolienne et libérale giscardienne font traîner et l’enterrent. De Gaulle part en 1969 … avec la participation… et meurt. Depuis, les candidats dits gaullistes la proposent régulièrement, sans conviction.

Sauf peut-être Philippe Séguin en 1997 qui prône la participation avec un nouvel argument, le souverainisme : une entreprise dont tous les salariés sont actionnaires serait difficile à délocaliser… Jacques Chirac ne l’écoute pas… Son cœur électoral a d’autres intérêts.

Aujourd’hui, Gerald Darmanin y trouve la façon astucieuse d’alimenter le dépassement gauche-droite macronien. En tant qu’éditorialiste d’expérience et à calvitie, il m’est permis de nourrir quelques doutes…

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