Dans 4 semaines, il n’en restera que 2. 2 candidats pour le second tour de l'élction présidentielle, alors qu’ils sont aujourd’hui 12 à concourir. Et pour au moins 2 de ces candidats, cette journée est . Lui va devoir prouver qu'il est capable d'être un autre que ce qu'il a été depuis 5 ans. Elle va devoir essayer de trouver sa cohérence. Lui quitte aujourd'hui la place Beauvau, sa maison, son cocon. Elle se livre enfin, un peu, dans un abécédaire co-écrit avec une journaliste. 190 mots pour approcher la vérité d'une candidate fluctuante et furtive. Du rôle qu’a joué le ministère de l'Intérieur pour Nicolas Sarkozy, on a déjà tout dit. Arrivé en 2002 dans les murs, alors qu’il rêvait de Matignon, il a immédiatement transformé Beauvau en QG de campagne. Faire, savoir-faire et faire-savoir, la trilogie sarkozyenne a été érigée en dogme. Bilan contrasté, baisse de la délinquance contre émeutes urbaines. Polémiques en série, de l'usage abondant des sondages d’opinion au confort usurpé pour un ministre/candidat, avec voitures, gyrophares, gardes du corps, et appartement de fonction. Mais tout cela est désormais derrière Nicolas Sarkozy, qui se jette donc dans l’inconnu. Il était temps. L’affaire de la rue Rampal est venue lui rappeler qu’avoir le képi de premier flic de France est un peu lourd à porter lorsqu’on veut rassembler. Alors, désormais libre, que reste-t-il à faire à Nicolas Sarkozy pendant ces 4 semaines ? Cela se résume en un verbe : se faire aimer « aimer c’est la seule chose qui compte vraiment » confiait-il aux jeunes du zénith dimanche dernier. Etre aimé, la belle affaire, voilà encore ce qui lui manque. Libéré de sa fonction de ministre, le candidat va multiplier les déplacements de terrain, dormir en province même, marque de proximité incroyable s'esbaudit son équipe de campagne, devenir ce « piéton de la république » réclamé par Jean-Pierre Raffarin, son nouvel ami. Bref, montrer qu'il est un autre que lui-même : sacré gageure pour la journée et les semaines qui viennent. Avec son livre "Maintenant" qui sort aujourd'hui, une référence évidemment au Ici et Maintenant de Mitterrand, Ségolène Royal elle, affiche définivement sa légitimité de candidate. Elle n'a pas, contrairement à Nicolas Sarkozy, à résoudre ce problème de lien affectif avec les Français. En revanche, il est temps qu'elle fixe sa ligne politique lisible. La nation et ses attributs, La marseillaise et le drapeau, revendiqués comme étant aussi de gauche ? Pourquoi pas ? Historiquement, elle ne fait pas de contresens. Mais cette soudaine captation, sur son mode à elle, de l'identité nationale est néanmoins un choc pour l'extrême gauche, et peut être plus généralement pour l'électorat de gauche. Son revirement tout aussi soudain sur la régularisation désormais souhaitée des parents d'enfants sans papier, laisse dubitatifs ceux qui tentent de la suivre, parfois même dans son propre pari. Sans compter, ses tatônnements sur la mise en place d'une VIème république. Ces changements de pied incessants sont la marque de sa liberté retrouvée plaide-t-elle. D'errements personnels continuels s'inquiètent ses propres amis. A 4 semaines du premier tour, il devient en tout cas urgent pour Ségolène Royal de transformer sa liberté en lisibilité.

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