Depuis la défaite de la majorité présidentielle aux élections municipales et cantonales, c'est le mot clef à l'Elysée, un mot et un concept qui ne font pas l'unanimité. "La présidentialisation, c'est un truc inventé par les papyes and mamies de l'Elysée" s'amuse un observateur caustique de la vie élyséenne qui vise, sans les nommer, ce serait une inélégante allusion à leur âge, Claude Guéant et Catherine Pégard, respectivement secrétaire général de l'Elysée et conseillère politique du président. Ce qu'ils aiment dans le pouvoir ces gens là, poursuit-il, c'est le conformisme. Ils veulent faire enfiler à Nicolas Sarkozy un costume qui n'est pas le sien. De toutes façons, ils n'arriveront jamais à le normaliser, c'est comme si on avait demandé au jeune Agassi de mettre un short blanc. Et puis, dire qu'il va se présidentialiser, c'est avouer que jusque là, il n'était pas président..." Pas faux. Alors, en interne, à l'Elysée, le débat est feutré, mais réel, pour savoir quels ajustements Nicolas Sarkozy doit opérer sur lui même pour renouer le lien. L'agenda plus régalien, le recentrage sur l'international, tiens, le voyage aujourd'hui à Londres entre chapeaux de la reine et carosses dorés, tout cela devrait participer à l'élévation présidentielle. Mais en attendant les effets de celle-ci et la lente remontée attendue dans les sondages, l'Elysée ne perd pas son temps, et en coulisses, c'est tout un staff qui s'active pour remettre en état des paratonnerres qui ont fait défaillance jusque là. 1. La majorité parlementaire va être sérieusement reprise en main - ça veut dire, renforcement de la cellule parlementaire à l'Elysée. Au total 15 personnes entre l'Elysée, Matignon et le Secrétariat d'Etat des relations avec le parlement. Encadrent, que dis-je cornaquent, que dis-je mettent au pas une majorité récalcitrante... Le but c'est évidemment d'éviter tout couac comme il a failli s'en produire sur le rapport Attali, c'est de parler Avant avec les parlementaires, et surtout de les surveiller pendant l'élaboration des lois. Jean-François Copé clame sur tous les toits, que celles ci seront désormais le fruit d'une "co production" exécutif/parlement. La réalité est beaucoup plus triviale et brutale : ce sera plus que jamais une "super-production élyséenne", même les amendements seront écrits au château. Une super production rendue d'autant plus nécessaire, que la réforme des institutions prévoit un partage de la maitrise de l'ordre du jour du travail législatif entre le gouvernement et le parlement. Une vraie révolution en apparence, la fameuse revalorisation du parlement. En réalité, l'Elysée n'a absolument pas l'intention de se laisser déborder par les élus. 2.ème cible : l'UMP. Patrick Devedjian devrait annoncer, aujourd'hui ou demain, un nouvel organigramme destiné à mieux protéger le président dès que le temps se gâte. Le numéro 1 du parti présidentiel, affaibli par la défaite des municipales, est sous très haute surveillance élyséenne. Son point presse d'hier, par exemple, a été préparé mot à mot dans le bureau de Catherine Pégard à l'Elysée. C'est dire si la confiance et l'autonomie sont de mise. 3. Enfin 3ème cible ; le premier ministre. C'est la partie la plus difficile. "Il nous a gravement manqué pendant la campagne", explique un membre de la garde rapprochée du président. "Avec son matelas de popularité, il aurait dû monter en défense. Il a fait le service minimum". Le moins qu'on puisse dire c'est qu'avec l'interview publiée aujourd'hui dans "L'Express", la mise au pas du premier ministre n'est pas franchement acquise. François Fillon y multiplie les "moi je", affirmant sans rire "JE n'ai pas l'intention de changer le mode de fonctionnement des rapports président/premier ministre" comme si la question lui était posée à lui, se positionnant clairement comme le chef d'une majorité élargie. La re-présidentialisation de Nicolas Sarkozy donc fait débat et s'accompagne d'un vrai cadenassage des pouvoirs périphériques. La matignonisation, ou l'ambition affichée, de François Fillon, elle, est déjà un fait. Mais en attendant que la première produise ses effets, la seconde agace beaucoup à l'Elysée

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