Retour sur le discours du Président de la République, mardi à Saint-Quentin dans l’Aisne. Hier nous nous étions tous penchés sur la question brûlante de l’actualité : savoir si, oui ou non, il y aurait une nouvelle législation sur les stock-options et les bonus. Mais le discours du Président avait plus d’ambition. C’était, nous avait-on dit, un discours sur les valeurs et les repères alors que la France et le monde traversent une crise grave. Ça avait d’ailleurs commencé par une invitation assez enthousiasmante, le Président observait que la crise avait ceci de positif qu’elle allait briser tous les carcans idéologiques du passé, les vieilles grilles de lecture. Pour sortir de la crise, il allait falloir inventer et arrêter « de réciter toujours les mêmes catéchismes ». Nicolas Sarkozy a d’ailleurs redit exactement la même chose hier aux parlementaires de la majorité qu’il a rencontrés. Et puis... et puis, étrangement, le président s’est mis à réciter, justement, un vieux catéchisme. Après avoir redit qu’il avait été élu pour réhabiliter le travail, l’effort et le mérite, et qu’il ne fallait pas fustiger l’enrichissement s’il était honnête, il a eu cette tirade contre ce qu’il appelle l’égalitarisme : « L’égalitarisme c’est le contraire de la responsabilité. L’égalitarisme et l’assistanat sont dégradants pour la personne humaine. Ils empêchent ceux qui veulent réussir de réussir. » D’abord ce qui est étrange c’est de remettre ce thème en avant. On n’avait pas l’impression que la France souffrait, ces dernières années, de trop d’égalité. De trop d’assistanat, peut-être, c’est un sentiment assez partagé, notamment par la candidate socialiste aux dernières élections. Mais trop d’égalité, alors que l’écart entre les riches et les pauvres s’accroît en France et que la crise risque d’amplifier ce phénomène que nous vivons depuis une vingtaine d’années, c’est un constat étrange. Pourquoi invoquer la menace de l’égalitarisme ? C’était une réponse, en réalité, à ceux, à gauche et dans son camp, qui voulaient réformer ou supprimer le bouclier fiscal. Jusqu’ici, le bouclier fiscal avait été défendu par l’argument selon lequel chacun a le droit d’être sûr de ne pas voir plus de 50% de ses revenus taxés, notamment pour ne pas décourager le travail et l’investissement. Au-delà, on friserait donc l’égalitarisme niveleur. En fait, Nicolas Sarkozy oppose la notion d’égalité à la liberté. Trop d’égalité tue la liberté. Vieille distinction qui voudrait que la gauche soit du côté de l’égalité, quand la droite serait du côté de la liberté. Charles Maurras disait déjà : « l’égalité ne peut régner qu’en nivelant les libertés, inégales par nature ». Cette idée semblait pourtant abandonnée par la droite depuis longtemps. L’égalité des droits des minorités ou des femmes va de pair avec un accroissement de la liberté, mais dans le domaine économique, liberté et égalité ne sont pas forcément antinomiques. Au contraire, l’inégalité économique, bien souvent crée un recul des libertés comme l’illustre Jules Renard qui disait que « l’interdiction de coucher sous les ponts est égale pour les pauvres et pour les riches ». Il y a dans cette façon de défendre le bouclier fiscal en invoquant le risque égalitariste, non pas un virage idéologique du Président mais simplement une évolution sémantique un peu plus radicale et créatrice de clivage. C’est un réflexe de chef de la droite. Nicolas Sarkozy a la chance de pouvoir s’appuyer sur un parti ultra dominant. L’UMP n’a pas de concurrent à droite. Le champ idéologique occupé par les libéraux est un peu un champ de ruines, à cause de la crise qui a ruiné son catéchisme. Par cette tirade anti égalitarisme, Nicolas Sarkozy remettra certainement un peu de baume au cœur des orphelins du libéralisme et qui sont aujourd’hui perdus.

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