Vous avez écouté François Bayrou, hier. Il était en meeting au Zénith à Paris. Et il a, à son tour, donné sa définition de la République…

Oui, parce que ce qui est frappant dans cette campagne, c’est que l’on parle beaucoup de la « République ». Ce mot, plus que « la Nation » ou « la France », est assez flou pour que chacun des candidats, en le précisant à sa façon, nous permette d’entrevoir quel horizon il propose à ses concitoyens. Définir la République permet aussi de dépasser la présentation d’une simple liste des mesures plus ou moins chiffrées et applicables, nécessaires mais pas suffisantes. Déjà en 2007, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal avaient réintroduit le thème de la République dans le débat. On se souvient que la candidate socialiste avait troublé son camp en faisant distribuer des drapeaux tricolores de la république dans ses meetings. Avec la Marseillaise, le drapeau est maintenant un élément constitutif des meetings de François Hollande ou de Jean-Luc Mélenchon. Ces dernières années, une expression fleurissait dans les discours politiques et dans les commentaires sur l’état de la société française. Une expression un peu nunuche « le vivre ensemble »… comment retrouver le « vivre ensemble ». On entend heureusement un peu moins cette expression qui n’est que la version niaise, dépolitisée, de la « République ». La république, ce sont les règles, les principes et les valeurs à partir desquels on « vit ensemble » en France… Et il convient que chaque candidat nous donne sa version, sa définition de sa république. Et à bien les écouter, il faut avouer que pendant cette campagne que tout le monde critique, ils le font.

Et donc, quelle république propose François Bayrou ?

Eh bien, François Bayrou en a donné une version bien particulière au Zénith. Il a souligné que ses meetings étaient les seuls – et c’est vrai- dans lesquels on voyait autant de drapeaux européens que de drapeaux français. Alors, bien sûr c’est le Modem qui les distribue à l’entrée mais c’est un message politique qui souligne une forme de république non arc-boutée sur l’idée de Nation et d’Etat tout puissant, au moment où les autres candidats se défient de l’Europe. François Bayrou a aussi souligné, après avoir réaffirmé qu’il voulait que la France signe la charte des langues régionales, qu’il y avait aussi devant lui des drapeaux bretons, basques, ou corses. Le candidat centriste veut que la spécificité alsacienne, le concordat, soit conservé. Bref, il a développé une conception de la république décentralisée, ouverte sur l’Europe, reconnaissant les spécificités régionales. Il voulait clairement se démarquer de celui qui le talonne ou le dépasse depuis peu, Jean Luc Mélenchon. Mélenchon qui, lui affirme, de plus en plus, au fil de ses meetings, le retour d’une conception très jacobine et sociale de la république. Le débat entre ces deux conceptions intéressantes de notre modèle est un vieux débat qui structure l’histoire politique française, depuis les controverses entre les Jacobins, les Montagnards et les Girondins. François Bayrou critique aussi, en creux la république autoritaire du Président en affirmant vouloir donner plus d’importance aux corps intermédiaires, syndicats et monde associatif. En temps de crise, le risque, dans tous les pays, c’est le repli identitaire ; l’identité de la France, c’est la république. La définir, la redéfinir pendant les périodes électorales n’est pas inutile. On ne mesure sans doute pas assez notre chance d’avoir comme identité, une idée, plutôt qu’une ethnie, une couleur ou du sang.

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