Vous revenez sur les mots d’Emmanuel Macron à propos de Geneviève Legay, la militante d’Attac grièvement blessée à Nice ce weekend.

Rappelons d’abord ce qui a été dit par le président à propos de la situation de cette septuagénaire blessée (choisissons nos mots avec prudence) à l’occasion d’une charge de CRS qui procédaient à l’évacuation de la place Masséna, interdite de manifestation. Je cite le président, c’était dans une interview publiée par Nice-Matin hier : ‘Je souhaite d’abord qu’elle se rétablisse au plus vite et sorte rapidement de l’hôpital, et je souhaite la quiétude à sa famille. Mais pour avoir la quiétude, il faut avoir un comportement responsable. Quand on est fragile (…) on ne se rend pas dans des lieux qui sont définis comme interdits (…) je lui souhaite une forme de sagesse’… ce sont des propos équilibrés mais néanmoins totalement déplacés parce qu’ils semblent provenir de la bouche d’un chef, pater familias. Or, Emmanuel Macron n’est pas notre père (et s’il est le chef de l’Etat, il n’est pas notre chef), il nous représente, nous lui avons confié un mandat, les manettes du pouvoir, une autorité sur les affaires de la France pas sur nos attitudes personnelles, nous ne lui avons pas octroyé le soin d’établir le champ et la nature de notre sagesse collective ou individuelle. Or, de tels propos de directeur de conscience sonnent comme une leçon de morale, de vie ! La démocratie, c’est justement se départir du paternalisme. Le président aurait été dans son rôle (ou plutôt, d’ailleurs, dans celui d’un préfet) s’il avait simplement tenu un propos général sur le fait qu’une interdiction de manifester doit être respectée. Mais s’adresser à une personne en particulier, à sa famille, c’est passer du statut de représentant du peuple à celui de père de la nation. D’autant qu’en l’occurrence, il s’agit d’une femme expérience qui donne de son temps pour un engagement dont on pense ce que l’on veut mais qui est basé sur l’altruisme et la recherche pacifique d’un monde meilleur. Cette façon de de critiquer une attitude personnelle est encore la marque de cet abus de verticalité qui finit par poser une question de déontologie démocratique.

Emmanuel Macron avait pourtant fait amende honorable en mai dernier sur ce type de propos. 

On se demande depuis plusieurs semaines (depuis qu’une profonde crise de confiance s’est fait jour entre le président et une bonne partie des Français) si Emmanuel Macron a bien pris conscience de la situation, s’il se rend compte que certains de ses propos peuvent heurter, compte tenu, aussi, de sa jeunesse, de ce qu’il a vécu… ou pas vécu d’ailleurs ? Dans un 1er temps, on avait cru que oui… qu’il avait compris… d’ailleurs ses proches, son entourage, qui, en général, se montrent catastrophés, comme par exemple après le fameux ‘si vous voulez un travail, il suffit de traverser la rue’… ses proches, donc l’affirmaient, ‘il a compris, vous allez voir, il va s’amender, il apprend et ne recommencera plus’. Lui-même dans son intervention télévisée du 10 mai dernier ne disait-il pas « Je sais qu’il m’est arrivé de blesser certains d’entre vous par mes propos » ? Et bien non…visiblement il n’a pas compris. 

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