Hier, il est intervenu en chef de guerre. La métaphore guerrière est filée jusque à la corde : sur fond kaki d’hôpital de campagne à Mulhouse, au cœur de la bataille, dans la région du Grand Est attaquée en premier, le président avait des airs de Clémenceau en visite de réconfort des troupes dans les tranchées en 17.

Emmanuel Macron s'est adressé à la France en chef de guerre, mais attention à l'hyperbole de l'impuissance
Emmanuel Macron s'est adressé à la France en chef de guerre, mais attention à l'hyperbole de l'impuissance © AFP / Karine Pierre / Hans Lucas

Le chef de l’Etat  annonçait l’Opération Résilience, une mobilisation de l’armée pour assurer la logistique des déplacements de matériels et de malades à travers le pays, et le déploiement de bâtiments de la  Marine jusque dans l’Océan Indien, pour l’outre-mer. 

On aurait dit un  chef  de guerre plaçant ses armées sur la carte pour repousser l’assaillant. Emmanuel Macron est même allé jusqu’à parler de première, seconde et 3ème lignes : les  soignants, les travailleurs qui assurent le ravitaillement du pays et la  France confinée.  

Ce n’est qu’une métaphore. Il n’y pas de guerre. Ce  n’est pas notre pays qui est attaqué, c’est toute  la planète. 

Et par une décision politique, par un phénomène naturel. Mais la métaphore a sa justification politique : la mobilisation, l’engagement de moyens extraordinaires. Dans une guerre, l’effort économique se porte sur l’industrie de défense… Là, c’est l’hôpital et notre système de santé qui bénéficieront d’efforts  financiers massifs. 

L’épidémie aura été un soutien tragique mais  efficace aux grévistes de l’hôpital, et la preuve, payée au prix du  sang, que le système de santé, son personnel soignant , devait  être autrement traité.

Mais Emmanuel Macron n’a pas annoncé officiellement la poursuite du confinement

Non,  alors que c’est acté et demandé par le Conseil scientifique. L’annonce  sera faite plus tard. Il s’agit maintenant de déconnecter (dans le temps du moins) les avis des scientifiques des annonces officielles, pour bien montrer que  ’est le chef politique qui décide et pas les experts. 

Le confinement  c’est pour la troisième ligne, celle qui peut télétravailler ou qui est placée en chômage technique ou partiel. Hier, il s’agissait de s’adresser à tout le monde mais en parlant de la première ligne,  les soignants au front.

Il s’agissait aussi, en expliquant que toutes  les précisions seront apportées sur la question des masques, des tests  et des respirateurs,  de tenter de construire la confiance et l’unité… même si l’inflation des mots ne peut combler la pénurie de matériel… 

Attention à l'hyperbole de l'impuissance ! 

Emmanuel Macron doit se battre sur plusieurs fronts : 

  • Le premier, le plus chaud : la  stratégie logistique pour qu’à travers le pays, les hôpitaux ne soient jamais débordés. Le cri d’alarme de Martin Hirsh, patron de l’AP-HP hier, signifiait que nous approchions de la  rupture. 
  • Le front politique, qui est encore fissuré, en raison des tâtonnements du début et des arguties sur l’inefficacité des masques et des tests, qui n’étaient qu’une façon de dissimuler la  pénurie. 
  • Enfin, le front de l’opinion. Il ne s’agit pas de popularité  mais de confiance. Il faut que les Français aient confiance pour lutter efficacement, par leur respect du confinement  qui sera rallongé. Ce discours mobilisateur et dramatisant est surtout  un discours de préparation des esprits de la part d’un président qui  sait que nous ne sommes qu’au début du drame.
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