Dans une interview au "Courrier de l'Ouest" aujourd'hui, l'ancien premier ministre Michel Rocard affirme qu'il "croit en l'avenir du PS, un parti qui a survécu à tout", dit-il. Saint homme que Michel Rocard ! Est-ce la foi du charbonnier ou la sagesse de celui qui a approché de près l'infini il y a peu et qui remet donc chaque chose à sa juste place ? Toujours est il que l'optimisme de l'ancien premier ministre socialiste est louable, quand il existe si peu d'indices de vitalité, sinon de vie du parti socialiste ces temps-ci. Avignon, samedi. Ce devait être le premier forum de la rénovation. La rénovation, cette tarte à la crème de tous les perdants. Cette étape indispensensable néanmoins pour tous ceux qui veulent comprendre pourquoi ils ont perdu 3 présidentielles, et éventuellement trouver les armes idéologiques et stratégiques pour se donner des chances de remporter la prochaine. Rénovation. C'est aussi le credo et le sésame espèrent-ils, de tous ceux qui aimeraient bien succéder à François Hollande à la tête du PS. Le problème, c'est que comme c'est lui qui, qualité, lance le processus, et bien tout le monde le boude ! Résultat : personne à Avignon ou presque. Ségolène Royal se contente d'une contribution écrite, Laurent Fabius évoque un "engagement en Normandie" mais se consacre avant et après, aux media, Manuel Valls préfère lui aussi fustiger "le temps perdu" dans un journal, et Bertrand Delanoë, lui, ça ne s'invente pas est au Vatican pour la promotion au rang de cardinal de l'archevêque de Paris ! "Rénover, rénover" répètent-ils tous en sautant sur leur chaise comme des cabris comme dirait l'autre, mais enfin, ils ne sont même pas "cap" de s'asseoir ensemble et de discuter quelques heures de ce qui les rassemble et les engage. Alors bien sûr, on peut se demander si le thème retenu par François Hollande, était bien le plus adéquat. Plancher sur "la Nation", très bien pendant une campagne présidentielle. A la sortie d'un conflit social de 8 jours, franchement, n'y avait-il pas moyen de trouver un thème plus en rapport avec le quotidien des français ? Le pouvoir d'achat par exemple ! D'ici quelques jours, Nicolas Sarkozy va faire des annonces sur le sujet. Les socialistes auraient pu pour une fois le devancer. Comment l'Etat peut-il aujourd'hui assurer la redistribution entre les citoyens ? De quelles marges de manoeuvre un gouvernement peut-il disposer s'il reste fidèle aux engagements européens ? Redonner du pouvoir d'achat à certains passe-t-il ou non par une hausse de la fiscalité pour d'autres ? Ce ne sont pas des questions annexes. Les réponses en tout cas intéressent les français. Alors pourquoi ne pas commencer par là ? Ces mises au point pragmatiques auraient le mérite de constituer pour le court terme d'abord, un socle d'engagements communs. Et ça ne serait pas du luxe quand on voit les prises de paroles rares d'abord, cafouilleuses ensuite et contradictoires que les socialistes se sont autorisés sur la réforme des régimes spéciaux. La majorité d'entre eux était pour mais n'osait pas le dire, une minorité contre et reprochait son silence à la première. Ségolène se contentait de parler de "désordre injuste", quand Bertrand regrettait, juste une fois en passant, que "le gouvernement ne soit pas à la hauteur". Un peu court, pour les deux supposés sauveurs du PS dans les mois qui viennent. "Le PS a survécu à tout" clame aujourd'hui Michel Rocard, "c'est pour ça qu'il a de l'avenir". Encore faudrait-il que les socialistes accomplissent un acte simple, simplissime même mais indispensable : accepter de parler ensemble de leurs idées, de les confronter, s'intéresser aux Français et à leurs conditions de vie réelles. Bref, redevenir partageux. C'est vrai... il est peut-être optimiste Michel Rocard !

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