Martine Aubry prend donc la tête du PS mais la fracture interne est intacte et atteint même un degré de passion insoupçonné. Pour preuve le nombre de mails reçus, m'accusant pêle mêle d'aubriisme aveugle ou de ségolisme inconditionnel. Ce qui est rassurant, c'est que c'est 50/50. Il va d'ailleurs falloir faire une petite séance de recollage personnelle pour départager les deux camps dans la boite mail. Donc, une fois pour toutes, ce n'est pas parce que je considère qu'il aurait été logique de revoter que je défends la présidente de Poitou-Charentes et ce n'est pas parce que j'ai souligné la contradiction qu'il y avait à vouloir rénover le PS tout en souhaitant la réintégration de Georges Frèches, que je soutiens la maire de Lille. Maintenant, il faut faire un peu de prospective ! Que peut-il se passer pour le PS ? D'abord, évacuons le risque de scission. Elle n'est souhaitée par personne, le ton des déclarations d'hier soir le prouve. Le PS risque donc d'être une sorte de grosse bête hémiplégique, un grand corps aphasique, un machin bizarre en deux pans. D'un côté, l'appareil, le siège, l'argent, la moitié des militants et Martine Aubry en chef de ce canal historique ; de l'autre, derrière Ségolène Royal, 50% de militants, sans les facilités de l'appareil mais sans ses contraintes non plus, avec une parole plus libre et plus personnelle, plus adaptée à la voracité médiatique puisque non soumise à une quelconque instance démocratique. Finalement, on peut penser que Ségolène Royal s'accommode tout à fait de cette situation qui lui donne le confort de l'opposition sans être vraiment minoritaire ! Et je ne suis pas certain que le clan Royal soit finalement si procédurier que ça dans les prochains jours, ne serait-ce que parce qu'il y a quelques fédérations acquises à Ségolène Royal sur lesquelles pèsent aussi quelques lourds soupçons. Mais est-ce que les militants vont accepter ce PS bipolaire ? Ce devrait être très perturbant en effet. Les militants qui ne sont pas tous forcément incrustés dans un clan risquent de ne pas se reconnaître dans ce parti schizophrène. L'organisation des élections européennes va relever du casse tête et imaginez l'exercice quotidien d'opposition à Nicolas Sarkozy. Qui va parler ? Tout le monde, Aubry, Royal... Et à l'Assemblée, il se trouve que ni l'une ni l'autre n'est parlementaire. Comment va se comporter le groupe socialiste en face d'un Nicolas Sarkozy qui a réussi à éteindre toutes les voix de caractère à droite et qui parle tout seul, d'autorité, depuis l'Elysée, pour l'ensemble de la majorité caporalisée ? Il y aura le mystère des voix PS, les polyphonies socialistes. Le PS est parti pour ressembler à l'armée du général Bourbaki, désordonnée, pagayeuse, incapable de faire mouvement devant l'avancée des rigoureux prussiens en 1871 ! Les socialistes sont-ils hors-jeu pour 2012 ? C'est mal emmanché, mais en politique, il en va comme dans le rugby moderne, la plupart des essais se marquent sur des contres et les situations se retournent très vite. Regardez ce pauvre Bertrand Delanoë. Avant le congrès, il était l'homme politique populaire et moderne, monsieur velib', social et libéral promis à la tête du PS ; 3 semaines plus tard, il est rangé dans le clan des archéo-jospiniens, héritier d'un vieux PS sépia. Et Ségolène Royal, souvenez-vous, il y a un mois, c'était encore la perdante de 2007 qui s'accroche, la notable de Poitou-Charentes, qui change de coiffure et de jeu de scène pour mieux incarner le renouveau ; alors qu'en 2012, elle aura 12 ans de plus qu'Obama quand il a été élu ! Hé bien, c'est elle qui -malgré tout - sort la moins cabossée de ce congrès massacreur ! Alors pour 2012, il y a quand même un socialiste qui a eu le bon goût de se mettre à l'autre bout du monde pendant le désastre, c'est Dominique Strauss-Kahn. Mais je m'arrête sinon, je vais recevoir des mails pour m'accuser d'être Strass-kahnien !

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.