**Dominique Strauss-Kahn est à Paris et l’on parle de plus en plus de lui pour l’élection présidentielle de 2012 ! Oui et avouez qu’il est dans une situation politique rêvée. Pour bien comprendre, je vous propose un petit exercice. Fermez les yeux (sauf si vous êtes en voiture) et imaginez que vous êtes un socialiste qui voudrait se présenter à l’élection Présidentielle (vous êtes Hollande, Aubry, Royal,Valls). Il vous faut vous lancer dans la compétition interne. En gros il vous faut prendre l’ascendant sur votre parti, faire le tour des fédérations, copiner avec tous les présidents de régions et autres barons locaux qui, par ailleurs se demandent si c’est pas plus facile de garder sa région à gauche quand le président est de droite. Vous allez perdre des plumes parce que les primaires obligatoires sont un combat fratricide par lequel on se fait forcément des ennemis. Vous devez tout commenter, de la main du capitaine de l’équipe de France en match de qualification à la coupe du monde au dernier plan de licenciement dans l’industrie. Dites que la main est une tricherie et vous aurez tous ceux qui comptent sur les répercutions économiques de la France au mondial contre vous, dites «ouf, on est qualifié, c’est le principal» et vous aurez tous les profs de gym contre vous ! Pour exister il vous faudra venir, tôt le matin chez Nicolas Demorand et risquer de vous faire alpaguer par un auditeur d’Inter, qui, tout en vous tutoyant à l’antenne, vous étrillera en raison de votre position au congrès de Rennes en 1990 ou pour votre dernière déclaration sur la main du capitaine de l’équipe de France. Et puis, puisque vous êtes au parti socialiste, pour peu que, après avoir fait un parcours sans trop de fautes, vous commenciez à incarner une alternative, et pour peu que vous commenciez à avoir de bons sondages, il se trouvera toujours quelques bons camarades influents pour dénoncer votre dérive droitière ou votre égo surdimensionné. Maintenant imaginez que vous êtes le Président de la République et que vous voulez vous représenter. C’est un peu moins compliqué, vous avez quelques atouts non négligeables : Vous tenez le calendrier des débats, vous faites les annonces qui seront commentées, vous pouvez payer avec les deniers publics des sondages à foison qui vous permettront d’éviter quelques bourdes, (pas toutes), vous n’avez pas besoin de vous fader les interviews de journalistes du matin et de leurs auditeurs agaçants pour exister, vous pouvez arriver sur les lieux de vos visites en hélicoptère et sélectionner votre public pour qu’il ne soit pas turbulent. C’est pratique, vous n’êtes même pas obligé (même si vous avez promis le contraire) de faire des conférences de presse… votre parole est sécurisée de toutes parts. Vous tenez vos amis puisque vous avez le pouvoir de les nommer ministre, sauf quelques anciens premier ministre qui diront vraiment ce qu’ils pensent puisque leur avenir est derrière eux… Vous avez quand même un gros handicap ! On vous reprochera ce que vous n’avez pas fait. Quand à ce que vous avez fait, on vous dira que ça a creusé le déficit de façon irresponsable. Et dans la peau de Dominique Strauss-Kahn alors ?! Rien, rien de tout ça. La notoriété, la reconnaissance, la stature, le prestige vous sont fournis par votre fonction. En arrivant à la tête du FMI, vous pouviez perdre votre âme de socialiste puisque le Fmi était l’organisation qui demandait aux pays pauvres de faire des économies. Aujourd’hui, vous avez la popularité des pompiers intrépides. Dans votre bilan il ne peut y avoir qu’une colonne, celle du crédit, tout l’argent que vous dépensez ne vient pas directement des impôts des électeurs français. Les crises financières internationales ne sont pas de votre fait, les solutions viennent de vous ! Vous vous tenez loin des querelles mesquines du tout petit hexagone. Pour vous rappeler au bon souvenir des électeurs, vous revenez de temps en temps à Paris ou l’on vous interroge sur des sujets nobles avec une sorte de respect inquiet. Si l’on se risque à une question d’ordre intérieur votre devoir de réserve s’imposera et l’on se dira « quel abnégation, quel sens du devoir ». Bon, il vous faudra quand même finir par accepter de revenir à France Inter mais il suffira de choisir un jeudi ou un vendredi matin.**

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