Toute cette semaine dans les commentaires, on a pu entendre une petite musique qui dit : « mais pour qui il se prend celui là pour se présenter à la présidence de la République ? », parce qu’en France, on ne devrait pouvoir se présenter qu’après 50 ans, et après avoir été ministre régalien, patron de parti politique, après avoir effectué une traversée du désert et trahi la moitié de son camp, puis rallier l'autre moitié en lui promettant des postes. Manuel Valls avait essuyé les mêmes quolibets, Pierre Moscovici va bientôt les subir aussi. Nicolas Sarkozy, qui très tôt dans sa carrière avait parlé de son ambition a subi ce genre de sarcasmes, même si c’est vrai, il a fini, lui aussi par être ministre régalien, trahir la moitié de son camp, puis se rallier avant d’être candidat.... Alors, c’est un fait, Arnaud Montebourg peut parfois faire sourire avec ses envolées grandiloquentes d’avocat parlementaire de la IIIème république, sa croisade contre le cumul des mandats qu’il finit par pratiquer lui-même, son itinérance opportuniste au sein des courants du PS... Mais le procès en illégitimité rappelle ce qui se disait, il y a quelques semaines, de François Baroin et Bruno Lemaire, un temps cités pour Matignon et jugés « trop jeunes », « trop verts ». Au-delà de ça, on peut comprendre le regard ironique qui se porte sur toute déclaration de candidature à la présidence de la République parce que ce sont des moments d’inflation du moi ou le pathétique le dispute à l’émotion. C’est vrai que voir Arnaud Montebourg sur ses terres de Bresse faire le don de sa belle personne à la France a un aspect sidérant… mais on perçoit aussi ce moment d’intense et sincère émotion chez celui qui se déclare. Il n’y a pas que de la jouissance de l’égo flatté par l’incroyable audace que représente cet acte quasi sacré. Quand Arnaud Montebourg dit « je suis candidat à la présidence de la République », on ne peut s’empêcher de se dire qu’il est candidat à la succession des rois de France et du Général de Gaulle… ça fait quand même bizarre, c’est vrai… Il est aussi candidat à la succession de Nicolas Sarkozy...Vu comme ça effectivement pourquoi pas après tout ! Quand il a prononcé cette phrase, « je suis candidat à la présidence de la République Française », le poids de l’histoire lui pesait sur les épaules. C’est gonflé, certes mais c’est aussi assez respectable. Seulement le problème, le gros problème de cette candidature c’est que c’est une candidature à la présidence de la République, directement, et pas à la candidature. Bien sûr, Arnaud Montebourg s’inscrit dans les primaires dont il est l’un des concepteurs, mais dans la façon dont il s’est présenté, avec des idées, certes (le capitalisme coopératif), des concepts (la dé-mondialisation), il semble sauter l’étape des primaires pour s’adresser personnellement au pays et présenter avant tout sa personne, lui-même, le gamin de la Bresse issue d’une famille joliment qualifiée d’arabo-morvandelle. La personnalisation dont il use et abuse est en contradiction totale avec les idées qu’il a toujours défendu. Arnaud Montebourg combattait l’aspect monarchique de la cinquième république, le pouvoir d’un homme, la suprématie étouffante de l’exécutif. La VIème république, plus équilibrée, plus parlementaire qu’il appelle de ses vœux ne va pas du tout avec le mode de l’auto-proclamation de sa personne. Cela dit, si l’hypertrophie du moi et les contradictions devaient empêcher un candidat de gagner, aucun de ceux qui ont été président depuis 1958 ne l’auraient été.

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