Sur la Covid, en réalité, la confiance est largement majoritaire. Seulement parmi ceux qui ne sont pas satisfaits, beaucoup sont, d’après les sondages qualitatifs et ce que chacun peut observer autour de lui, profondément défiants.

Emmanuel Macron lors de son allocution le 24 novembre 2020
Emmanuel Macron lors de son allocution le 24 novembre 2020 © AFP / Thomas Coex

La Covid souligne un clivage politique préoccupant

67% des Français disent avoir suivi l’allocution du président dimanche, dont une grande majorité (entre 60 et 70%) ont approuvé ses propos. Sur la Covid, en réalité, la confiance est largement majoritaire. Seulement parmi ceux qui ne sont pas satisfaits, beaucoup sont, d’après les sondages qualitatifs et ce que chacun peut observer autour de lui, profondément défiants.

Le clivage qui s’installe n’est pas traduit par les partis qui animent le débat politique. Il met au jour une mécanique d’une autre nature. De celle que décrivait le chercheur américain Yascha Mounk dans son livre, Le peuple contre la démocratie, en 2019. Ce clivage ne sépare plus ceux qui approuvent et ceux qui désapprouvent les mesures prises, ou la gauche et la droite, conservateurs versus progressistes, les modérés contre les extrémistes. Non, il sépare maintenant ceux qui ont confiance en la démocratie (y compris les opposants politiques d’Emmanuel Macron), et ceux qui n’y croient plus, qui estiment que seuls les intérêts des puissants ou du ‘système’ (cet ensemble nébuleux qui tire toutes les ficelles), guident l’action du pouvoir… Mais aussi de l’opposition institutionnelle. 

Dans un débat politique normal, une majorité au pouvoir fait face à la minorité qui conteste son action au parlement, dans les médias et, le cas échéant, sur le pavé… tout le monde (plus ou moins) reconnait cet état de fait. Dans la situation qui s’installe (et que la pandémie booste), une minorité grandissante de la population ne reconnait pas la légitimité du gouvernant, des médias, du corps médical à l’exception (pour ces derniers) de ceux qui se placent à la marge du consensus scientifique. Tout le monde est aspiré par cette logique et commence à agir en conséquence.

Certains partis d’opposition se sentent même obligés de flirter avec le complotisme comme Marine Le Pen qui dit, par exemple, ne pas être convaincue par les thèses du documentaire Hold-up, mais ne pas comprendre l’acharnement des médias dits ‘mainstream’ contre ce film. ‘A chacun de se faire une idée’, dit-elle, accréditant surtout l’idée selon laquelle les opinions sont des faits comme les autres et inversement.  

Dimanche, Emmanuel Macron a tenté de s’adresser à la partie de la population la plus défiante, pour essayer de contenir cette vague qui va de la défiance protestataire au réel complotisme, il a fait assaut de  transparence. Il était temps et c’est sans doute la seule conséquence positive de ce nouveau clivage… 

Il veut instaurer un comité citoyen pour suivre la politique vaccinale, souhaite que le parlement se saisisse des règles plus contraignantes nécessaires pour isoler les cas positifs. Il affirme ‘nous partagerons à chaque étape ce que nous savons et ce que nous ne savons pas’. On est loin de la communication calamiteuse à l’époque des masques ou des tests, quand le gouvernement préférait adapter son discours à la pénurie plutôt que de la reconnaître. 

Finalement, jusqu’ici, la relativement bonne popularité de crise du président cache un phénomène préoccupant : une partie non négligeable de la population décroche du consensus démocratique.  

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.