Par Jean-François Achilli.

Vous revenez ce matin sur l’annonce des 60 000 mille embauches dans l’éducation promises par François Hollande, avec une nouvelle version …

C’est Michel Sapin, ancien ministre de l’économie et des finances et surtout copain de chambrée de François Hollande à l’armée, qui a surpris tout le monde hier en expliquant que ces embauches seraient compensées « bien entendu par des baisses de postes ailleurs ».

Le « bien entendu » a fait tressauter le journaliste politique qui sommeille en moi. Il nous avait semblé justement que la polémique avait tourné autour du caractère dispendieux – ou pas - de cette promesse électorale. François Hollande, aussi bien critiqué par son ancienne rivale Martine Aubry que par l’actuelle majorité, avait chiffré sa proposition à 500 millions d’euros par an, soit 2 milliards et demi au bout d’un quinquennat, pour donner priorité à l’éducation nationale, creuset de la jeunesse.

Si l’annonce a pu séduire une partie de l’électorat de gauche, dont un grand nombre d’enseignants, elle est apparue pour certains comme opportuniste avant la primaire socialiste, et surtout onéreuse en période de crise. Michel Sapin a donc voulu hier désamorcer cette bombe que la droite a commencé à manipuler, en jurant que l’explication de la compensation n’était pas nouvelle, qu’elle nous avait échappé.

Soit : la proposition du candidat socialiste sera de 60 mille postes en plus dans l’éducation, mais 60 mille fonctionnaires en moins ailleurs. Où ça ? Dans l’équipement, peut-être, ou aux finances, cela resterait à préciser. Mais bon, la machine à dépenser reste au garage.

Prudence de rigueur donc… Il n’est désormais plus possible de promettre…

C’est plutôt mal vu. Le monde entier a les regards tournés vers l’Europe et la partie qualifiée de « décisive » qui se joue à Bruxelles ce soir. Celui qui va promettre monts et merveilles dans les six mois qui viennent pour l’élection présidentielle n’est plus crédible aujourd’hui, avec 1700 milliards d’euros de dettes en magasin, des prévisions de croissance à la baisse, un budget déjà dépassé. « Il va nous falloir réenchanter le rêve Français mais avec des moyens limités », confie un soutien de François Hollande.

Est-ce à dire que la campagne sera triste à mourir, sans promesse de jours meilleurs ? Le plein emploi, le travailler plus pour gagner plus, zéro SDF, la France des propriétaires, tout cela est terminé.

Les candidats vont guerroyer sur la réalité, la dureté de la situation, en évitant le mot qui fâche et qui ruine un pays, « rigueur ».

Pour ne citer qu’eux, Nicolas Sarkozy va mettre en avant la crise, et une société à rebâtir. François Hollande va nous tenir un langage de vérité, tout en fixant des priorités acceptables, jeunesse, justice fiscale. Marine Le Pen va nous parler protectionnisme, sortie de l’Euro, dévaluation, frontières fermées à l’immigration. Bref : on ne va pas se marrer…

La nouveauté de la campagne 2012 - et cette correction de tir sur la promesse de 60 mille postes dans l’éducation le montre bien - est que plus personne ne pourra raser gratis.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.